Le Château de M. Hervé – Nhu Anh Vu & Tra My Vu

Je vis une paisible vie dans l’ouest de la France en Bretagne, Carantec, dans une magnifiques villas. Je n’ai pas d’enfants ou de femme, ce qui me laisse énormément de temps libre à passer avec mes amis dans des bals ou des réceptions, où je fais connaissance avec beaucoup de personnes importantes. Pendant toute ma vie, je n’ai jamais rencontré et cru au pouvoir surnaturel. Or un jour, une chose étrange et inexplicable m’est arrivée. Ce jour-là, lors d’une réception, je fis connaissance d’un certain Albert, un homme élégant qui me raconta son séjour dans le château de Taureau de M.Hervé, une très belle habitation, se trouvant sur une île à une demi-heure de bateau. En rentrant chez moi, je cherchai quelques vagues informations sur ce château pour préparer une petite visite. Le lendemain, je louai un canot à moteur pour me déplacer mais lorsque j’arrivai à destination , le moteur tomba en panne et refusa de démarrer ce qui m’obligea à passer une nuit dans ce château. En montant sur l’île, je découvris un vieux serviteur qui m’attendait depuis au moins dix minutes.

– M.Bermutier? demanda le serviteur poliment.

– C’est moi. Mais comment connaissez vous mon nom?

– Je suis M.Loiseau, le gérant de ce château.

– C’est un plaisir de vous connaître, mais vous n’avez pas répondu à ma question.

– Cela n’a pas d’importance. Je suppose que vous êtes venu ici pour une visite.

– Oui, vous avez raison, mais j’ai un petit problème avec mon canot, pourrais-je passer la nuit dans votre château s’il vous plaît ?

– Bien sûr monsieur, c’est avec plaisir que je vous accueille et mon maître aussi. Mais…

– Je vous remercie de votre hospitalité, j’espère que je ne vous dérange pas. Excusez-moi, vous avez dit…?

– Oh…Non…Rien…Venez avec moi, je vais vous montrer votre chambre.

Je suivis le gérant dans le château qui était étrangement beau, il n’y avait pas d’électricité mais les bougies suffisaient à tout éclairer. M.Loiseau m’emmena dans un des étages de l’appartement où se trouvaient cinq chambres et me dit de prendre celle que je voulais. Je voulus prendre la première mais quelque chose m’obligea à m’installer dans une vieille chambre froide qui me faisait frissonner, tout était recouvert d’une épaisse couche de poussière comme si on nel’avait pas nettoyée depuis des années , sur le mur gauche de la chambre se trouvait le portrait d’un homme qui ressemblait étrangement à Albert…

Je posai mes valises et je me jetai sur le lit. Je fermai les yeux pour me relaxer, j’étais fatigué après une longue journée. Je ne sus si j’étais resté immobile longtemps mais à certain moment j’ouvris mes yeux et décidai de sortir pour visiter le château. En sortant de la chambre, je fus attiré par une porte ornée de feuille d’or en face de ma chambre. Je m’approchai, lentement et par curiosité, je posai mes mains sur la poignée pour observer ce qu’il y avait derrière cette porte, quand tout à coup le gérant apparut. Il m’informa que c’était l’heure de dîner et que son maître était en train de m’attendre en bas, dans la salle à manger. Je lâchai brusquement la poignée de la porte et suivis le gérant. La salle à manger était grande et élégante, décoré dans le style médiéval. Devant une longue table remplie de nourriture, se trouvaient un homme et une femme. En me voyant, l’homme s’approcha, me salua et se présenta poliment. Il s’appelait M.Hervé, le propriétaire du château. Je me présentai à mon tour, le remerciai de m’avoir invité pour le diner et de m’accueillir chez lui. Je fis également la connaissance de sa femme Alice, une très belle femme.

Nous nous assîmes et commençâmes à manger. Le dîner se déroula normalement. Le dîner fini, je dis bonsoir à monsieur et madame Hervé pour rentrer dans ma chambre. Celui-ci m’avertit que je pouvais visiter tout le château sauf la chambre d’en face de la mienne.

En retournant dans ma chambre, je n’oubliai pas de jeter un coup d’œil sur la chambre d’en face. Je me demandai ce qu’il y avait derrière cette porte. Je pensai à cette question toute la nuit, mais la fatigue m’obligea à fermer les yeux. Près de minuit, je fus réveillé par d’un coup de fusil. Mais je ne fis pas trop attention, en me disant que je rêvai, je m’endormis.

Le lendemain je me réveillai mais en sortant de la chambre je constatai que le château était vide. Je cherchai partout mais inutile. Peut-être ils sont été sortis. Je décidai donc de visiter le château.

Je passai mon temps à observer méticuleusement les chambres du château. M’arrêtant devant la chambre interdite, la curiosité monta en moi. J’hésitai à l’ouvrir, mais le courage me gagna, je retournai lentement la poignée, la porte s’ouvrit.

Je découvris avec horreur le cadavre de deux personnes abandonnées depuis des années, un était par terre l’autre sur le bureau. Un frisson monta en moi, j’avais la chair de poule.En fouillant sur le bureau, je trouvai un vieux journal avec l’article: «La mort inexplicable d’un châtelin et de sa famille». En dessous, collées les photos de la famille de M.Hervé et aussi celle de M.Loiseau. D’après le journal, la famille Hervé avait été assasinée il y a quinze ans. En lisant ces lignes, j’étais cloué sur place, je me sentais angoisssé, mon visage devenait toute pâle et je sentais mon sang se glacer. En regardant les cadavres, je sursautai car je reconnus M.Hervé et son gérant comme s’ils venaient juste de mourir. Je courus à toute vitesse à la recherche d’un autre bateau pour pouvoir quitter cet horrible lieu.

Mais au bout d’une demi heure de recherche, je vis encore une fois deux autres corps humains. A ce moment, j’étais cloué sur place, des voix résonnaient dans ma tête. L’envie de quitter cet endroit me reprit, mon corps devint mobile, je courus directement vers le havre du château qui se trouvait non loin d’ici. J’y trouvai un petit bateau à rame, donc je m’embarquai, et en seulement deux coups de rame je me trouvai dans la mer en direction de la terre ferme. Je fus épuisé après une heure, je m’allongeai sur le plancher du bateau. Des images du château me revinrent, les cadavres.

Quelques heures plus tard j’arrivai au port. Sans faire attention aux autres, je rentrais directement chez moi, et je l’enfermai dans ma chambre. En pensant aux faits qui s’étaient produits, et puis je m’en souvins d’Albert, l’homme qui m’avait montré le château. Je demandai à mon ami qui travaillait pour la police des information sur cet homme mais il m’informa que Albert était mort quelques années auparavant. Voilà mon histoire. Peut-être que vous n’allez pas ne croire,je ne me suis pas repris depuis ce jour.

 

 

 

 

 

 

 

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Wakako, Le Fantôme Amoureux – Yen Ba Vu & Marie Fitoussi

Le jour de l’enterrement de ma femme, Wakako Goto, la personne que j’aime le plus au monde, sera toujours un jour terrible pour moi. Non seulement c’était le jour où ma bien aimée était enterrée, c’est aussi le jour où tous mes problèmes, qui m’ont amené ici, à un centre pour des malades mentaux,, commencèrent.

Le jour de l’enterrement, comme pour se moquer de moi et de mon chagrin, le soleil brillait et je n’apercevais aucun nuage. Je me rendis au temple d’Otera à Tokyo pour assister à la cérémonie. Peu à peu, des personne arrivèrent. Mes amis et ma famille m’observèrent avec pitié. Puis, je vis la famille de Wakako, qui sanglotait. Ses parents souffraient tellement, mais pas autant que moi. Personne n’aimait Wakako autant que moi, et personne ne souffrait autant que moi.

Le prêtre commença la cérémonie en récitant des prières. Puis, on amena le cercueil de Wakako, qui était recouvert d’une vitre transparente devant son visage. Comme la tradition japonaise l’exigeait, les invités, un par un, s’approchèrent et donnèrent un baiser à Wakako à travers la vitre. Je passai en dernier. En voyant le visage de ma femme, je ne voulais qu’éclater en sanglots. Pourtant, je gardai mon calme, me penchai, et posai mes lèvres sur le vitre. J’eus probablement une hallucination, mais je vis les yeux de Wakako s’ouvrir.

Je fermai les yeux, néanmoins je vis ses yeux ouverts. J’imaginais qu’elle me reprochait « Pourquoi m’as tu laissé mourir par cet accident ? » J’eus peur, et des sueurs froides apparurent sur tout mon corps.

Quand je me relevai tout le monde était sorti et à mon tour je sortis. C’était à ce moment là qu’un vieil homme portant un très long manteau noir m’empêcha de sortir. Il était là comme s’il m’attendait. C’était un vieil homme au sourire sinistre dont les rides couvraient le visage, ce qui le rendait très vieux et laid.

Tout à coup, il me demanda : « C’est l’enterrement de votre femme, n ‘est-ce pas ? »

Cela m’a surpris, je ne pensais pas qu’il avait assisté à l’enterrement. Néanmoins, je répondis.

« Oui , que voulez vous ? »

« Rien de spécial, mais j’ai quelque chose pour vous, monsieur Goto. »

C’était à ce moment-là qu’à ma grande surprise, il me donna un téléphone en miniature semblable à un jouet d’enfant. Je le pris pour un fou, mais comme s’il s’attendait à cette pensée, il me dit : « Ne me prenez pas pour un fou et écoutez-moi. Si vous tapez le numéro treize sur ce téléphone, votre femme reviendra. Cependant, je vous préviens que si elle revient, elle ne vous quittera pas tant que vous vivrez. »

Puis, il partit sans dire un autre mot. Je restai cloué sur place, perplexe.

Après cette rencontre mystérieuse, je rentrai chez moi. J’étais perplexe et troublé, je pensai que le vieil homme était fou, qu’il s’agissait d’une duperie. De plus, le téléphone me dérangeait et je ne savais pourquoi il me provoquait un malaise. Mais je ne pouvais empêcher mon regard d’aller sur l’objet, quelque chose d’inexplicable m’y attirait. La curiosité finit par m’envahir, et je tapai le numéro treize que j’avais gardé en mémoire sur le téléphone et je décrochai.

Comme je l’avais envisagé, rien ne se passa. Néanmoins, j’étais déçu car un petit espoir de retrouver ma femme s’était formée en moi. Enragé, je lançai violemment le téléphone dans la poubelle.

Je devins désespéré et las de tout, et j’allai m’asseoir sur le canapé. Je sortis les précieuses photos prises avec ma femme. Une grande nostalgie m’envahit, surtout lorsque je contemplai les photos prises peu après notre première rencontre il y avait treize ans.

Après ces photos, je passai à celles qui étaient les plus récentes. Soudain, une forme argentée s’élança hors de la photo. Ebahi, je me jetai en arrière et poussai un cri d’horreur. Je tremblai comme une feuille. Je voulus fuir à toutes jambes, mais je ne pouvais. Quelque chose me retint. Etait-ce une hallucination ? Malgré ma frayeur, je fixai cette forme volatile qui, peu à peu, se métamorphosa en la silhouette de ma femme.

Je me calmai, moitié soulagé, moitié sceptique. J’étais certain qu’il s’agissait du fantôme de ma femme, cependant, son aspect avait changé. Wakako était translucide, pâle, et sombre. Ses joues étaient creuses tellement elle était maigre, et ses yeux étaient cernés. Elle me sourit, mais sa bouche était tellement difforme que cela ressemblait plutôt à une grimace. Toutefois, son regard doux qui n’avait pas changé me permettait de comprendre son expression de bonheur, de me retrouver, sans doute. En fin de compte, le téléphone avait bel et bien un pouvoir !

Mais cela me paraissait tant invraisemblable. Etait-ce vraiment la réalité ? Ma femme était-elle vraiment là, devant moi, alors qu’elle était morte ? Mais j’oubliai tout de suite ces pensées lorsqu’elle commença à me parler.

« Quel bonheur, quelle joie de te retrouver, Ken-ichi ! » Sa voix était aigue, et lointaine, comme s’il s’agissait d’un écho.

« Oh, ma chère Wakako ! » Lui répondis-je, « Comment est-ce possible que tu réapparais et que nous pouvons se parler comme avant, toi et moi ? »

Elle fit mine de réfléchir, mais aucune réponse ne sortit de sa bouche. J’essayai d’ignorer son silence. Cela était bizarre, car ma femme n’avait jamais ignoré une question avant sa mort.

Nous bavardâmes jusqu’au moment où la ville sembla totalement obscure. Il était onze heures et demi, et nous décidâmes d’aller dormir.

Comme je le faisais toujours avant de me coucher, je voulus embrasser ma femme, mais je ne réussis pas. Mes lèvres ne pouvaient pas toucher sa peau, et je sentis une froideur glaciale. Ma femme n’était pas palpable.

« Tu ne pourras pas me toucher, mais ne t’en soucies pas. » Me répondit-elle. « Tu t’y habitueras. »

Je lui fis oui de la tête, mais j’étais un peu mal à l’aise. Je parvins à me soulager en me disant que mon amour pour Wakako pouvait surmonter toutes ces choses insolites, et avec cette pensée, je tombai dans un sommeil profond. Cependant, mes rêves ce soir-là étaient étranges et inquiétants. Je rêvai du monde des morts !

Le lendemain, je me levai de bonne heure. Ma femme était déjà debout, et je la vis se promener dans l’appartement. Pendant que nous bavardions, je me changeai et pris le petit-déjeuner. Bizarrement, Wakako ne mangea pas ! Puis, j’étais sur le point de sortir pour aller au bureau, lorsqu’elle m’arrêta et insista pour venir avec moi. Jamais elle ne m’avait demandé une telle chose ! Je voulus refuser, mais en regardant son regard suppliant, je ne pus pas dire non.

Elle me suivit alors. Je me rendis compte soudainement que d’autres personnes pourraient la voir si elle sortait. Dans l’ascenseur, nous nous disputâmes, car elle s’obstinait et n’acceptait pas de revenir à la maison. Soudain, je remarquai que les portes de l’ascenseur étaient ouvertes et un homme était entré dedans. Bouche-bée, je le fixai. Il avait probablement vu le fantôme de ma femme, pourtant il restait calme !

« Monsieur, tout va bien ? » Me demanda t-il. « Vous êtes très pâle, et il me semble que vous vous parlez à vous-même. »

Je ne lui répondis pas, et je quittai l’ascenseur aussitôt, suivi de Wakako. Je compris alors que celle-ci était invisible à toute personne, à part moi.

Au bureau, aucun événement spécial n’arriva. J’avais du mal à me concentrer au travail à cause de ma femme qui était à côté de moi à tout moment. Malgré cela, j’étais euphorique. J’avais la chance de revoir ma femme, et je pouvais la voir pendant toute ma vie. Cependant, je me doutais encore si tout cela était la réalité. Pourquoi étais-je si chanceux ? Comment Wakako put-elle revenir ?

Ces questions me tourmentaient, mais je finis par les oublier lorsque je rentrai à mon appartement. Je cuisinai, car Wakako ne pouvait pas comme elle était incapable de soulever les objets. Pendant que je cuisinais, une chose étrange se produisit. À un moment alors que je ne faisais pas attention, je mis ma main de le feu par inadvertance. Il s’agissait d’un geste inconscient de ma part. Heureusement, je retirai ma main avant que la brûlure devint trop grave.

Le soir, lorsque je dormais, je vécus des cauchemars pires que mon rêve la nuit précédente. De plus, chaque nuit qui suivait, je faisais des cauchemars encore plus horribles que ceux des nuits précédentes. Des cadavres, des fantômes, et des êtres qui n’appartenaient pas au monde des vivants me tourmentaient sans arrêt.

À part mes cauchemars horribles, d’autres choses étranges arrivèrent aussi. De plus en plus souvent, je vivais des moments où je n’étais pas conscient de mes actions, comme lorsque j’avais cuisiné. Par exemple, un jour, lorsque j’ouvris les fenêtres pour prendre un peu d’air frais, j’eus soudain envie de sauter hors de la fenêtre. Heureusement, je me retins et je ne sautai pas.

Je commençai à me demander si tous ces cauchemars et événements étaient causés par la présence du fantôme de Wakako. J’étais de plus en plus mal à l’aise près d’elle, et je devenais anxieux. En effet, je commençai à regretter d’avoir fait revenir ma femme du monde des morts.

Un soir, je vécus le pire des cauchemars : je me trouvai entouré de créatures immondes et hideuses. Des esprits sombres me frôlaient, et des monstres me chassaient. Mais, ce qui rendait ce cauchemar vraiment terrible, c’était la présence de ma femme. Elle était là dans mon rêve et au lieu de me sauver des créatures monstrueuses, elle les aida à me chasser. Elle cria qu’elle voulait me tuer et qu’elle voulait que je la rejoigne dans l’Autre Monde.

Je me réveillai en sursaut. Soulagé que le cauchemar ait terminé, je poussai un soupir. Mais soudainement, Wakako se dirigea devant moi et cria d’une voie aigue : « Meurs ! Meurs ! Meurs ! J’en ai assez de vivre dans ce monde-ci ! Viens avec moi dans le monde des morts ! » Je compris alors qu’elle avait essayé, depuis sa résurrection, de me tuer. Elle était la cause de tous ces cauchemars pour me voler ma raison d’être, et elle était à l’origine de mes gestes inconscients dangereux.

Terrifié, m’enfuis à toutes jambes, sortant de mon appartement. Je courus dans la rue, sans savoir où je voulais aller. Je me demandai si j’étais fou, et j’avais besoin d’aide.

Premièrement , je pensai à appeler un de mes amis proches. Mais, je me dis qu’ il ne pouvait pas vraiment me comprendre, et n’allait pas me croire. Il fallait mieux consulter un psychiatre.

Pendant que je réfléchissais où aller, Wakako me trouva et se colla à moi, en me criant des choses incompréhensible, ce qui m’angoissa et m’empêcha de penser à quoi que ce soit . Malgré ma peur, je lui dis de se taire, mais elle continua. Les gens sur le trottoir me regardèrent, émus et confus.

Je vis un taxi. Sans réfléchir , je lui fis un signe de la main et je montai en me précipitant pour que ma femme ne puisse pas m’attraper. Lorsque j’arrivai chez le psychiatre, je lui résumai à toute vitesse cette fameuse aventure , j’étais très presse, de peur que la morte vivante parvienne jusqu’ici. Quand j’eus fini de raconter , il me regarda d’un œil méfiant et tout de suite, deux hommes me tirèrent de force dans une voiture. J’eus juste le temps de crier. Je ne comprenais pas ce qui se passait.

D’un ton sec, un des hommes me déclara que j étais amené a un asile et que je devais y rester pour quelque temps.

Je fus installé dans une chambre sombre, sans décor, avec une fenêtre à côté de la porte. J’ouvris les rideaux. Soudain, une silhouette translucide apparut devant moi. Je sursautai, et évidement, il s agissait du fantôme. Je compris alors que j’allais rester ici , enfermé avec cette créature, à jamais…

Mon Amour – Bao Khanh Le Hoang & Benedicte Lemercier

La distance que j’ai toujours tenue envers les jeunes hommes de mon âge m’a donné une réputation de jeune fille sage et rationnelle. C’est ma fierté. Je ne m’en laisse pas conter, et je ne m’intéresse pas le moindre du monde aux amourettes. Et pourtant…

C’était une belle soirée de fin d’octobre. J’étais invitée à un bal, une réception ordinaire qui avait lieu chaque semaine chez une amie. Je n’y étais présentée que par politesse, pour soigner les relations de ma famille, mais j’aurais préféré une soirée devant la cheminée avec un bon livre. Je me tenais un peu à l’écart, saluant les invités avec un sourire et une petite révérence. Au fur et à mesure que le temps passait, je fus abordée par plusieurs hommes qui m’invitèrent à une danse. Ils me complimentèrent sur mon allure, mes bijoux, ma robe cramoisie qui contrastait fortement avec mes boucles dorées. Après plusieurs valses, je m’apprêtai à aller chercher une boisson quand quelque chose m’arrêta. Pivotant sur moi-même, mes yeux bleus croisèrent des iris gris d’acier. Un frisson me parcouru.

Devant moi se dressait un jeune homme, de un ou deux ans de plus que moi, à en juger par l’apparence. Il était brun, avec des cheveux en désordre, qui, au lieu de lui donner une image négative, lui apportait une touche de mystère. Il avait la peau pâle, extrêmement pâle, d’une couleur blanche anormal qui ressortait encore plus à cause de son complet noir en velvet. Pourtant, c’étaient ses yeux gris d’acier qui me captivaient le plus. C’étaient les yeux les plus froids que j’avais vus au monde. Il n’y avait pas d’émotions, pas d’éclat, rien. Sur ses lèvres minces était né un curieux petit sourire et je sus, à ce moment là, que j’étais éprise de lui. Il m’invita ensuite à danser, et j’acceptai avec plaisir. Nous dansâmes toute la nuit, parlâmes de tout comme si nous nous connaissions depuis longtemps et enfin, quand minuit sonna, nous nous séparâmes avec la promesse de nous revoir.

C’était un matin de novembre, sombre et nuageux, mais cela n’empêchait pas ma bonne humeur. J’avais reçu un petit mot, accompagné d’une belle rose rouge, venant de la part du jeune homme que j’avais rencontré le jour du bal. Il souhaitait me voir ce soir. Je bouillais d’excitation. J’avais hâte de le voir. Tout au long de la semaine, je n’arrêtai pas de penser à lui. Il revenait sans cesse dans mon esprit, me hantait avec ces yeux orageux. Je voulais revivre les moments de bonheur que j’avais vécus avec lui.

Tout de même, malgré ma joie et mon enthousiasme, je sentis un certain malaise, à peine présent, au creux de mon estomac. Je ne savais pourquoi. Peut-être parce qu’il voulait m’emmener avec lui pendant la nuit? Peut-être était-ce à cause du fait qu’il insistait que je ne doive pas prévenir mes parents et mes amis ? Peut-être était-ce parce qu’il voulait garder notre rapport secret ? Quelque chose clochait. Je ne savais quoi. J’essayai de voir la situation de son côté. Sans doute pensait-il que c’était encore trop tôt pour annoncer notre relation. Il ne souhaitait pas être jugé par la société qu’il fréquentait, et cela, je le comprenais bien. Il voulait peut-être me protéger des rumeurs. Il attendait peut-être le bon moment pour révéler notre relation. Oui, c’était sûrement cela, me répétai-je pour me rassurer.

Après m’être habillée soigneusement, j’attendis impatiemment et nerveusement son arrivée. Enfin, quand les derniers rayons de lumières s’éteignirent sur l’horizon, je le vis apparaître sous mon balcon. Comme s’il savait que j’étais là, il releva ses yeux, et croisa les miens. Un sourire glissa sur ses lèvres, et je le lui rendis. Tous mes doutes furent dissipés miraculeusement, et je ne me souvins plus de rien. Tout ce que je voulus à ce moment là était de sortir, le rejoindre et partir ensemble pour une nuit de merveille. Ce que je fis immédiatement. Je pris soin d’ouvrir la porte, puis la fermant doucement, priant qu’elle ne grinça pas, et je descendis sans bruit jusqu’à la grille. Je sortis, et lâchai un souffle que j’avais retenu sans m’être rendue compte.

Je passai une soirée merveilleuse. C’était comme si je vivais dans un conte de fées. Je me sentais comme une princesse aux bras de son Prince Charmant, qui la couvrait d’amour et de richesses inimaginables. J’étais comme enivrée, dans un état euphorique d’où je ne souhaitais jamais sortir. J’étais la fille la plus heureuse au monde.

Pourtant, ce soir-là, je ne pus dormir. Les scènes de la sortie se reproduisaient dans ma tête et je remarquai certaines petites étrangetés que j’avais négligées. La main, sa main que j’avais tenue était glacée dans ma paume chaude, comme du marbre. Ce n’était pas normal, personne ne pouvait être si froid. Son repas aussi m’inquiétait. Il mangeait à peine, et ne buvait que du vin. Quand il avait croisé mon regard inquisiteur, il avait apporté quelques bouts de viande à sa bouche avant de les laisser tomber quand j’avais détourné mes yeux. Avec ces pensées tourbillonnant dans mon cerveau, je tombai enfin dans un sommeil agité. Le lendemain, je n’avais plus aucun souvenir de ces réflexions.

Des semaines passèrent. Je continuai à le voir plusieurs soirs, et si nous nous ne le pouvions pas, c’étaient par des mots que nous échangions nos nouvelles. Je sortis sous d’innombrables prétextes, une fois chez une amie, une autre chez ma tante, une autre pour des achats et ainsi de suite. Je le fis sans aucune gêne. Inventer des excuses et des mensonges étaient maintenant extrêmement faciles, et je devins de plus en plus habile. Moi, qui étais si sage auparavant, je cachai les lettres après leur lecture et ses cadeaux dans un coffre sous le lit. Parfois, je sentais une vague de culpabilité s’emparer de moi, mais elle était vite oubliée lorsque je pensais à lui et à son beau visage.

Un jour, pourtant, un événement bouleversa mon quotidien. Je profitai d’une journée où je ne sortais pas avec mon Amour pour ranger le grenier dans l’espoir de retrouver quelques objets de mon enfance. Je tombai sur un tas de journaux, datant de deux siècles auparavant. Curieuse, je décidai d’y jeter un coup d’œil avant de m’en débarrasser. Je me figeai à la vue d’une reproduction exacte du jeune homme que je fréquentais ces derniers temps. C’était une illustration, accompagnée d’une petite annonce à droite, signalant la disparition de deux jeunes filles. J’étais pétrifiée, je tressaillis, un mauvais pressentiment me remplit à ce moment là. Je parcourus rapidement l’énoncé et je me sentis défaillir. Mon cœur commença à battre la chamade. Je ne pus retenir que ces mots de l’article, jeunes filles, blondes, familles riches, disparition pendant la nuit, dernièrement vu accompagnée d’un jeune homme inconnu. Sans peine, je déduisis que ce jeune homme était l’homme de l’illustration. Qui était en effet celui que j’appelais « mon Amour ».

Je ne sus plus quoi penser. Des idées tournoyèrent dans ma tête. Etait-ce vrai ? Pouvais-je me fier à l’article ? Etait-ce vraiment mon bien-aimé ? Etait-il la cause de la disparition de ces jeunes filles? Et la date, la date aussi ! Pourquoi apparaissait-il dans un journal de deux siècles auparavant, si ancien, alors que lui n’atteignait que la vingtaine ? Comment cela se faisait-il ? Ce ne devait pas être possible ! Je ne pouvais pas y croire ! Il s’agissait sûrement d’une plaisanterie. Ce n’était pas lui ! J’en étais sur. Mes yeux me jouaient un tour ! Voila ce qui se passait !

La malheureuse vérité était que, malgré le nombre de fois que j’avais fermé et rouvert mes yeux, l’article était toujours là, et « mon Amour » était bel et bien dans l’image.

Des nombreuses questions jaillirent de mon cerveau. Et si j’étais sa prochaine victime ? Et si c’était moi ? J’avais de curieuses ressemblances avec ces jeunes filles du passé. Je doutai que ce fut un hasard. J’avais, comme elles, les cheveux blonds, et je venais d’une famille riche.

Plusieurs signes vinrent à ma mémoire. Je me rappelai sa pâleur, ses mains froides, son repas. Je me rappelai des demandes précises concernant les visites nocturnes. L’avais-je vu le jour ? Non, je ne sortais avec lui que le soir, la nuit, quand le soleil dormait déjà tranquillement. Il me semblait aussi qu’il ne dormait jamais. Vers minuit, lors de nos rencontres, très souvent, je sentais mes paupières devenir lourdes, mais mon compagnon ne donnait jamais signe qu’il était fatigué. Ensuite, je me rappelai son souhait de garder notre relation dans le noir, de ne jamais mettre au courant ma famille. Je me rappelai de sa grande connaissance sur le monde, alors qu’il avait à peine vingt-cinq ans. Comment avait-il pu apprendre toutes ces langues, toutes ces matières ? Et sa beauté éclatante, tellement éblouissante, tellement parfaite, qu’on aurait pensé à celle d’un Dieu.

Qui était-il, en réalité ?

Lentement, je me levai et descendis dans ma chambre. Je m’allongeai, espérant que le sommeil me permettrait de trouver une solution pour m’échapper de cette situation pitoyable.

Le lendemain je me réveillai avec de terribles maux de tête. Les événements de la veille me revinrent et je blêmis. Je sentis la peur monter en moi et je n’eus qu’une seule envie : m’enfuir loin d’ici et ne plus jamais le revoir.

Je pris rapidement ma décision. Je m’éloignerai de lui pendant un certain temps, assez long pour qu’il s’en lasse et qu’il me laisse tranquille. Je couperai tout contact avec lui. Je dirai à ma famille que je partirai en voyage en dehors du pays, sous prétexte de me reposer. Sitôt dit, sitôt fait. Mes parents encouragèrent mon projet et ils me conseillèrent même de partir maintenant pour éviter les pluies et les neiges hivernales qui venaient.

Je n’eus qu’à préparer les malles. Je jetai tous les cadeaux qu’il m’avait offerts et les anciens journaux dans lesquels il figurait. Je brûlai les mots échangés et les robes que je portais pendant les soirées avec lui. Enfin, je pus partir sereinement.

Cela fait déjà six mois que je suis loin de ma ville. Je vis chez un de mes proches et je passe mon temps paisiblement à la bibliothèque, au théâtre, à faire des promenades dans le parc, à assister aux bals et aux réceptions. Je reste en contact avec ma famille et il me semble que personne n’est venu me chercher pendant mon absence. Les souvenirs au-delà de ces mois m’apparaissent vagues et flous et je suis rassurée que je ne le reverrai plus.

Aujourd’hui, une commémoration est en train d’avoir lieu et ma tante veut me présenter à un jeune homme qu’elle trouve charmant. Lorsque je descends, je crois le voir de dos et cette figure me parait étrangement familière….