Wakako, Le Fantôme Amoureux – Yen Ba Vu & Marie Fitoussi

Le jour de l’enterrement de ma femme, Wakako Goto, la personne que j’aime le plus au monde, sera toujours un jour terrible pour moi. Non seulement c’était le jour où ma bien aimée était enterrée, c’est aussi le jour où tous mes problèmes, qui m’ont amené ici, à un centre pour des malades mentaux,, commencèrent.

Le jour de l’enterrement, comme pour se moquer de moi et de mon chagrin, le soleil brillait et je n’apercevais aucun nuage. Je me rendis au temple d’Otera à Tokyo pour assister à la cérémonie. Peu à peu, des personne arrivèrent. Mes amis et ma famille m’observèrent avec pitié. Puis, je vis la famille de Wakako, qui sanglotait. Ses parents souffraient tellement, mais pas autant que moi. Personne n’aimait Wakako autant que moi, et personne ne souffrait autant que moi.

Le prêtre commença la cérémonie en récitant des prières. Puis, on amena le cercueil de Wakako, qui était recouvert d’une vitre transparente devant son visage. Comme la tradition japonaise l’exigeait, les invités, un par un, s’approchèrent et donnèrent un baiser à Wakako à travers la vitre. Je passai en dernier. En voyant le visage de ma femme, je ne voulais qu’éclater en sanglots. Pourtant, je gardai mon calme, me penchai, et posai mes lèvres sur le vitre. J’eus probablement une hallucination, mais je vis les yeux de Wakako s’ouvrir.

Je fermai les yeux, néanmoins je vis ses yeux ouverts. J’imaginais qu’elle me reprochait « Pourquoi m’as tu laissé mourir par cet accident ? » J’eus peur, et des sueurs froides apparurent sur tout mon corps.

Quand je me relevai tout le monde était sorti et à mon tour je sortis. C’était à ce moment là qu’un vieil homme portant un très long manteau noir m’empêcha de sortir. Il était là comme s’il m’attendait. C’était un vieil homme au sourire sinistre dont les rides couvraient le visage, ce qui le rendait très vieux et laid.

Tout à coup, il me demanda : « C’est l’enterrement de votre femme, n ‘est-ce pas ? »

Cela m’a surpris, je ne pensais pas qu’il avait assisté à l’enterrement. Néanmoins, je répondis.

« Oui , que voulez vous ? »

« Rien de spécial, mais j’ai quelque chose pour vous, monsieur Goto. »

C’était à ce moment-là qu’à ma grande surprise, il me donna un téléphone en miniature semblable à un jouet d’enfant. Je le pris pour un fou, mais comme s’il s’attendait à cette pensée, il me dit : « Ne me prenez pas pour un fou et écoutez-moi. Si vous tapez le numéro treize sur ce téléphone, votre femme reviendra. Cependant, je vous préviens que si elle revient, elle ne vous quittera pas tant que vous vivrez. »

Puis, il partit sans dire un autre mot. Je restai cloué sur place, perplexe.

Après cette rencontre mystérieuse, je rentrai chez moi. J’étais perplexe et troublé, je pensai que le vieil homme était fou, qu’il s’agissait d’une duperie. De plus, le téléphone me dérangeait et je ne savais pourquoi il me provoquait un malaise. Mais je ne pouvais empêcher mon regard d’aller sur l’objet, quelque chose d’inexplicable m’y attirait. La curiosité finit par m’envahir, et je tapai le numéro treize que j’avais gardé en mémoire sur le téléphone et je décrochai.

Comme je l’avais envisagé, rien ne se passa. Néanmoins, j’étais déçu car un petit espoir de retrouver ma femme s’était formée en moi. Enragé, je lançai violemment le téléphone dans la poubelle.

Je devins désespéré et las de tout, et j’allai m’asseoir sur le canapé. Je sortis les précieuses photos prises avec ma femme. Une grande nostalgie m’envahit, surtout lorsque je contemplai les photos prises peu après notre première rencontre il y avait treize ans.

Après ces photos, je passai à celles qui étaient les plus récentes. Soudain, une forme argentée s’élança hors de la photo. Ebahi, je me jetai en arrière et poussai un cri d’horreur. Je tremblai comme une feuille. Je voulus fuir à toutes jambes, mais je ne pouvais. Quelque chose me retint. Etait-ce une hallucination ? Malgré ma frayeur, je fixai cette forme volatile qui, peu à peu, se métamorphosa en la silhouette de ma femme.

Je me calmai, moitié soulagé, moitié sceptique. J’étais certain qu’il s’agissait du fantôme de ma femme, cependant, son aspect avait changé. Wakako était translucide, pâle, et sombre. Ses joues étaient creuses tellement elle était maigre, et ses yeux étaient cernés. Elle me sourit, mais sa bouche était tellement difforme que cela ressemblait plutôt à une grimace. Toutefois, son regard doux qui n’avait pas changé me permettait de comprendre son expression de bonheur, de me retrouver, sans doute. En fin de compte, le téléphone avait bel et bien un pouvoir !

Mais cela me paraissait tant invraisemblable. Etait-ce vraiment la réalité ? Ma femme était-elle vraiment là, devant moi, alors qu’elle était morte ? Mais j’oubliai tout de suite ces pensées lorsqu’elle commença à me parler.

« Quel bonheur, quelle joie de te retrouver, Ken-ichi ! » Sa voix était aigue, et lointaine, comme s’il s’agissait d’un écho.

« Oh, ma chère Wakako ! » Lui répondis-je, « Comment est-ce possible que tu réapparais et que nous pouvons se parler comme avant, toi et moi ? »

Elle fit mine de réfléchir, mais aucune réponse ne sortit de sa bouche. J’essayai d’ignorer son silence. Cela était bizarre, car ma femme n’avait jamais ignoré une question avant sa mort.

Nous bavardâmes jusqu’au moment où la ville sembla totalement obscure. Il était onze heures et demi, et nous décidâmes d’aller dormir.

Comme je le faisais toujours avant de me coucher, je voulus embrasser ma femme, mais je ne réussis pas. Mes lèvres ne pouvaient pas toucher sa peau, et je sentis une froideur glaciale. Ma femme n’était pas palpable.

« Tu ne pourras pas me toucher, mais ne t’en soucies pas. » Me répondit-elle. « Tu t’y habitueras. »

Je lui fis oui de la tête, mais j’étais un peu mal à l’aise. Je parvins à me soulager en me disant que mon amour pour Wakako pouvait surmonter toutes ces choses insolites, et avec cette pensée, je tombai dans un sommeil profond. Cependant, mes rêves ce soir-là étaient étranges et inquiétants. Je rêvai du monde des morts !

Le lendemain, je me levai de bonne heure. Ma femme était déjà debout, et je la vis se promener dans l’appartement. Pendant que nous bavardions, je me changeai et pris le petit-déjeuner. Bizarrement, Wakako ne mangea pas ! Puis, j’étais sur le point de sortir pour aller au bureau, lorsqu’elle m’arrêta et insista pour venir avec moi. Jamais elle ne m’avait demandé une telle chose ! Je voulus refuser, mais en regardant son regard suppliant, je ne pus pas dire non.

Elle me suivit alors. Je me rendis compte soudainement que d’autres personnes pourraient la voir si elle sortait. Dans l’ascenseur, nous nous disputâmes, car elle s’obstinait et n’acceptait pas de revenir à la maison. Soudain, je remarquai que les portes de l’ascenseur étaient ouvertes et un homme était entré dedans. Bouche-bée, je le fixai. Il avait probablement vu le fantôme de ma femme, pourtant il restait calme !

« Monsieur, tout va bien ? » Me demanda t-il. « Vous êtes très pâle, et il me semble que vous vous parlez à vous-même. »

Je ne lui répondis pas, et je quittai l’ascenseur aussitôt, suivi de Wakako. Je compris alors que celle-ci était invisible à toute personne, à part moi.

Au bureau, aucun événement spécial n’arriva. J’avais du mal à me concentrer au travail à cause de ma femme qui était à côté de moi à tout moment. Malgré cela, j’étais euphorique. J’avais la chance de revoir ma femme, et je pouvais la voir pendant toute ma vie. Cependant, je me doutais encore si tout cela était la réalité. Pourquoi étais-je si chanceux ? Comment Wakako put-elle revenir ?

Ces questions me tourmentaient, mais je finis par les oublier lorsque je rentrai à mon appartement. Je cuisinai, car Wakako ne pouvait pas comme elle était incapable de soulever les objets. Pendant que je cuisinais, une chose étrange se produisit. À un moment alors que je ne faisais pas attention, je mis ma main de le feu par inadvertance. Il s’agissait d’un geste inconscient de ma part. Heureusement, je retirai ma main avant que la brûlure devint trop grave.

Le soir, lorsque je dormais, je vécus des cauchemars pires que mon rêve la nuit précédente. De plus, chaque nuit qui suivait, je faisais des cauchemars encore plus horribles que ceux des nuits précédentes. Des cadavres, des fantômes, et des êtres qui n’appartenaient pas au monde des vivants me tourmentaient sans arrêt.

À part mes cauchemars horribles, d’autres choses étranges arrivèrent aussi. De plus en plus souvent, je vivais des moments où je n’étais pas conscient de mes actions, comme lorsque j’avais cuisiné. Par exemple, un jour, lorsque j’ouvris les fenêtres pour prendre un peu d’air frais, j’eus soudain envie de sauter hors de la fenêtre. Heureusement, je me retins et je ne sautai pas.

Je commençai à me demander si tous ces cauchemars et événements étaient causés par la présence du fantôme de Wakako. J’étais de plus en plus mal à l’aise près d’elle, et je devenais anxieux. En effet, je commençai à regretter d’avoir fait revenir ma femme du monde des morts.

Un soir, je vécus le pire des cauchemars : je me trouvai entouré de créatures immondes et hideuses. Des esprits sombres me frôlaient, et des monstres me chassaient. Mais, ce qui rendait ce cauchemar vraiment terrible, c’était la présence de ma femme. Elle était là dans mon rêve et au lieu de me sauver des créatures monstrueuses, elle les aida à me chasser. Elle cria qu’elle voulait me tuer et qu’elle voulait que je la rejoigne dans l’Autre Monde.

Je me réveillai en sursaut. Soulagé que le cauchemar ait terminé, je poussai un soupir. Mais soudainement, Wakako se dirigea devant moi et cria d’une voie aigue : « Meurs ! Meurs ! Meurs ! J’en ai assez de vivre dans ce monde-ci ! Viens avec moi dans le monde des morts ! » Je compris alors qu’elle avait essayé, depuis sa résurrection, de me tuer. Elle était la cause de tous ces cauchemars pour me voler ma raison d’être, et elle était à l’origine de mes gestes inconscients dangereux.

Terrifié, m’enfuis à toutes jambes, sortant de mon appartement. Je courus dans la rue, sans savoir où je voulais aller. Je me demandai si j’étais fou, et j’avais besoin d’aide.

Premièrement , je pensai à appeler un de mes amis proches. Mais, je me dis qu’ il ne pouvait pas vraiment me comprendre, et n’allait pas me croire. Il fallait mieux consulter un psychiatre.

Pendant que je réfléchissais où aller, Wakako me trouva et se colla à moi, en me criant des choses incompréhensible, ce qui m’angoissa et m’empêcha de penser à quoi que ce soit . Malgré ma peur, je lui dis de se taire, mais elle continua. Les gens sur le trottoir me regardèrent, émus et confus.

Je vis un taxi. Sans réfléchir , je lui fis un signe de la main et je montai en me précipitant pour que ma femme ne puisse pas m’attraper. Lorsque j’arrivai chez le psychiatre, je lui résumai à toute vitesse cette fameuse aventure , j’étais très presse, de peur que la morte vivante parvienne jusqu’ici. Quand j’eus fini de raconter , il me regarda d’un œil méfiant et tout de suite, deux hommes me tirèrent de force dans une voiture. J’eus juste le temps de crier. Je ne comprenais pas ce qui se passait.

D’un ton sec, un des hommes me déclara que j étais amené a un asile et que je devais y rester pour quelque temps.

Je fus installé dans une chambre sombre, sans décor, avec une fenêtre à côté de la porte. J’ouvris les rideaux. Soudain, une silhouette translucide apparut devant moi. Je sursautai, et évidement, il s agissait du fantôme. Je compris alors que j’allais rester ici , enfermé avec cette créature, à jamais…

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