L’Accident – Anna Schneyer & Jonathan Renard

–  » Alors, Monsieur Lutis, racontez-moi votre histoire, mais avant, parlez moi un peu de vous. »

–  » Je vais tout vous expliquez monsieur le psychologue : je me nomme Vincent Lutis, je ne vais pas tarder à atteindre mes 27 ans. Sachez que pour moi, ma véritable famille ne comportait qu’uniquement ma femme. Oui, Feu ma femme. Oh mon dieu … Qu’elle était belle, avec ses doux yeux verts, ses longs cheveux châtains glissant sur ses fines épaules… Et son sourire ! Grand Dieu ! Que puis-je dire sur son sourire ? C’était la chose qui, lorsque tout allait mal, me rendait heureux. Vous devez également savoir que ma nature ne ressemblait pas à celle de mon épouse, sa bonté et son courage se reflétaient partout en elle. Oui, mon cœur n’est remplit que de peur et d’égoïsme.

Voilà, maintenant vous allez savoir le plus grand et terrible moment de ma vie :

Ce jour là, le soleil perçait les rideaux de lins de ma cuisine, quel simple bonheur de se retrouver assis ici, en compagnie de ma tendre femme et d’un bon pain au chocolat. Cependant, chaque bon moment a une fin: le travail m’attendait. Je me levai donc, doucement, afin de prolonger le plus possible ce doux moment. J’embrassai ma femme, sur le front, mais, une chose m’inquiéta ; elle, qui normalement resplendissait de paix et de sérénité, avait les traits crispés dans une espèce de tracas intérieur. Je lui demandai ce qu’il se passait. Elle me répondit ceci  » Je ne sais pas, je ne comprends pas  C’est comme si… C’est comme si quelque chose d’anormal allait arriver… « . Je la rassurai donc, lui disant des mots doux. Une fois qu’elle fut calmée, j’enfourchai ma moto pour commencer à travailler. Chose étrange, ma moto ne démarrait plus. Je venais cependant de l’amener chez mon garagiste! Je pris alors la moto de ma femme, qui marchait à merveille. Je conduisis vers la Rue Bologne, où se situait mon bureau.

Ma journée passa tranquillement, cependant, j’ignorai la raison pour laquelle j’appréhendai le moment de mon retour à la maison. Oui, les idées de ma femme commencèrent à me monter à la tête. Je devais tout de même y aller. J’allumai donc le contact de ma moto, et démarrai en trombe. Je roulai vite. Ma foi je l’avoue. Mais, j’aime la vitesse. Que voulez vous ? C’est comme ca. Je sentais mes cheveux voler dans le vent, quel bonheur ! Je frôlai les trottoirs, grillai quelque feu rouge. Je m’amusai, savourant ainsi la liberté qui m’était attribuée, lorsque soudain, traversa devant moi une femme. Je n’eus pas le temps de freiner, et je lui rentrai dedans tel un obus. Je me rappelle encore de ce terrible moment, cette femme, glissant dans l’air en hurlant, la peur au ventre et la douleur au corps, puis s’écrasant lourdement sur les tristes trottoirs gris de cette rue. Puis se fut à mon tour de sentir la douleur et la peur. Oui, la moto écrasait tout mon corps. J’étais, moi aussi, allongé sur le sol, avec cette maudite machine sur moi. J’agonisai. Je repassai sans pouvoir  me contrôler chaque mouvement de cet horrible instant. Cette femme, innocente, qui ressemblait tant à ma femme, les yeux verts et les cheveux marron, comment allait elle ? L’avais-je tué ? Le noir commençait à prendre place dans ma tête. J’entendis au loin les sirènes d’une ambulance. Je croyais qu’il était trop tard, que je n’avais plus aucune chance… Puis plus rien, plus aucun son, aucune lumière. Le noir partout. Que se passait-il ? Où était l’ambulance que j’avais entendue ? Oh bon sang ! Je m’agitai, je sentais mon cœur accélérer, il résonnait en moi ! Je perdis espoir, je perdis force, la fatigue et la douleur finir par m’envahir.

 

Mais, alors que je sentais parvenir à ma fin, une voix grave et calme se fit entendre. Je ne réussissais pas à identifier son origine. Qui parlait ? Soudain, je vis s’avancer devant moi une petite lumière vacillante. Une bougie sans aucun doute. Des bruits de pas se firent alors entendre: quelqu’un venait; son visage était revêtu d’une cagoule noire, le masquant entièrement, son corps était également couvert d’une longue cape, aussi sombre que la nuit. L‘apparition de cet étrange homme fut la goute qui fit déborder le vase; mes nerfs ne tenait plus, mon cerveau non plus : je perdis connaissance.

Lorsque je me réveillai, je ne ressentais plus aucun mal, mes blessures avaient été pansées, et mes habits avaient été changés. Cependant, la maison dans laquelle je me trouvais était froide et vide, sans aucune chaleur humaine. Je vis alors, assis dans un fauteuil, le mystérieux personnage qui s’était admirablement occupé de moi. Il était installé de dos. Je l’examinai donc, malgré la cagoule qu’il portait encore. Il était grand et très maigre, certainement âgé; son maintien était courbé.

– «Bonjour Vincent» me dit-il sans se retourner. «Tu dois te demander bien des choses. Mais avant, comment te sens-tu ?»

– «Je vais mieux, merci. Qui êtes-vous ? Et où suis-je ? » Demandai-je précipitamment.

– «Calme-toi.» Me répondit-il. «Tu vas bientôt tout savoir. Mais, je préfère garder mon identité secrète pour le moment. Ici, tu es partout et nulle part. Tu es dans mon domaine comme dans le tien. Dans une partie du monde qui n’est que rarement visité par les hommes, les hommes dont l’unique volonté est de vivre. Oui, tu auras peut-être la chance de vivre, cet instant est décisif pour toi, et il l’est également pour un autre être quelque part dans ton monde. Je sais que ton plus profond désir est de vivre, d’échapper à la mort qui t’attend en ce moment même, pour cela, tu dois m’obéir, jusqu’au moment où tu pourras enfin retourner vers les tiens.»

– «Je ne comprend pas.. » Dis-je. Ce personnage ne me faisait ressentir que de la peur et du malaise. Bon sang, mais qui était-il ? Je sentis mes poils se dresser lorsqu’il reprit la parole.

– «Tout ce que tu dois faire est m’obéir. » Me dit-il, sa voix manquait de patience, elle était pleine d’une excitation indescriptible, qui m’intimidait plus qu’autre chose.

Je tremblai à présent, mes mots s’échappèrent alors de ma bouche, les larmes brillaient dans mes yeux. Me contrôlait-il ? Ou bien, la peur et l’envie de vivre y étaient pour quelque chose ? Je répondis donc:

– « Dites-moi. Que dois-je faire? »

– «Si tu veux vivre, tu devras prendre l’âme de quelqu’un de ton monde. Pour cela, tu devras tuer le porteur de cette âme. Cette personne devra être ton exact contraire. C’est-à-dire une femme. Tu es blond, elle devra donc être brune. Tu as les yeux bleus, elle devra donc avoir les siens verts. Elle devra être courageuse et généreuse, car tu es peureux. Peureux et égoïste. »

Mon cœur fit des bonds dans ma poitrine. Je dus blanchir comme un mort : le portrait que cet homme venait de faire était celui de mon épouse. Non c’était impossible. Il me fallait un nom avant d’être sûr. Il devait y avoir des millions de femme telle qu’il l’avait décrite, cela ne pouvait être.

-«Donnez-moi son nom !» m’écriai-je, hors de moi.

– « Hélène. Hélène Lutis.» me répondit-il avec un sourire cruel imprimé sur son visage osseux.
Je crus mourir debout. On me proposait la mort simple et cruelle, ou la vie dans le regret et la honte d‘avoir assassiné celle que l‘on aime… Imaginez-vous tuer votre épouse pour assurer votre propre survie ? C’est un choix qui, à chaque moment de réflexion, vous arrache les tripes d’une façon si violente que vous préféreriez vous suicider plutôt que d’y réfléchir.

– « Alors Vincent, que choisis-tu ? Tu dois te dépêcher avant qu’il ne soit trop tard. » Sa voix avait prit une intonation sadique, je voulais tuer cet homme, l’étrangler de mes propres mains. Cependant, il avait raison. Je devais faire un choix.

Encore une fois, les mots s’échappèrent de moi, sans que je puisse les contrôler. J’étais possédé.
– « La vie. Je préfère la vie… » Mon cœur se fendit. Il était trop tard. L’homme eut un regard de psychopathe puis claqua des doigts. Ma belle et tendre épouse apparut devant moi, entourée d‘un nuage de couleur pourpre. Elle dormait. Je m’approchai d’elle, comme poussé par une force extérieure d’une puissance insoupçonnée. Je sentis maintenant sa respiration chaude et régulière dans mon coup. Mes mains se mirent à bouger, elles s’approchèrent de la gorge d’Hélène, doucement et sûrement, elles se posèrent dessus, tendrement, ensuite, elles la serrèrent. Elles la serrèrent si fort que la marque des mes ongles s’incrustèrent dans le pauvre cou pâle de mon épouse. Elle suffoquait à présent, son visage rosissait. Et j’assistai à sa mort, sans pourvoir faire le moindre geste pour empêcher cet abominable instant. Je n’en pouvais plus, je sentais mes mains se tordre et se contracter pour assassiner la femme que j’aimais…

Je la vis rendre l’âme; ses beaux yeux verts perdirent leur éclat tellement unique et son visage s‘éteignit …
L’horreur monta en moi à une vitesse incroyable, je me sentis mal. Je fus soudain pris de vertige, et je m’évanouis ; là, sur le sol, auprès de ma femme que je venais d’assassiner.

La lumière réchauffait mes paupières, un vent frais caressa mon visage. J‘ouvris mes yeux; tout était blanc les murs, le sol, le plafond : un hôpital.

– « Bonjour monsieur Lutis » me dit un docteur. « Vous sortez d’un coma de deux jours : Vous avez eu un accident de moto… Pas très grave heureusement, cela aurait pu être pire. Vous pouvez partir quand vous voulez, vous ne risquez plus rien. »

Une heure plus tard, je pris un taxi et rentras chez moi. J’étais tellement heureux! Toute cette histoire, je l’avais inventée de toutes parts ! Ma femme m’attendait certainement à la maison ! J’avais hâte de la revoir, de sentir ses beaux cheveux, de revoir ses doux yeux verts, la retrouver vivante, j’étais fou de joie. Une fois arrivé, je criai fort pour l‘appeler, je regardai partout dans la maison mais aucun signe d‘elle. Je pris alors mon téléphone pour l’appeler, lorsque je vis que j’avais un message :

« – Allô monsieur Lutis, je suis la secrétaire de l’Hôpital Saint Hervé Leblond. Nous avons une nouvelle affreuse à vous annoncer… : votre femme, Hélène, est décédée avant-hier; un motard l’a percuté  alors qu‘il roulait à très grande vitesse. Lorsque les pompiers l‘ont retrouvé, le conducteur était déjà parti. Nous sommes terriblement navrés pour cette horrible tragédie. Je vous prie d’accepter toutes nos condoléances. Cependant, nous vous prions de passer à l’hôpital afin que nous parlions de tout ceci plus longuement. Au revoir. » disait le message.
Depuis ce jour là je perds l’appétit, et la raison. Suis-je fou ? C’est la réponse que j’attends de vous. Ai-je tué ma femme ? Suis-je le motard qui l‘a écrasé? Ou bien l’assassin pur et simple qui l’a étouffé ? Je vous en prie, faites moi retrouver le sommeil, la faim, la joie de vivre, je n’en peux plus. J’ai besoin d’aide plus que jamais… »

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