Le Bal Masqué des Esprits éternels ou Le Masque – Chau Giang Pham & Le Quang Huy

A huit heures précise, je rentre chez moi, comme tous les jours. J’habite dans une villa au bord de la Seine que mes parents m’ont laissé après leur décès. Elle est bâtie comme un petit château de style roman, la construction intérieure est typiquement médiévale avec des lustres, des chandelles, des tableaux de peintures, des horloges anciennes partout et des escaliers en colimaçon. Je prends mon diner seul, comme d’habitude, le silence domine toute la salle à manger immense mais il ne me dérange guère, la solitude est devenue mon amie après toutes ces longues années. Trente ans sont passés et je ne suis toujours pas marié. J’ai rencontré des femmes ravissantes mais aucune d’elles ne me plût. Je n’ai jamais aimé personne de toute ma vie, la raison est peut-être parce que j’ai les yeux verts comme un proverbe l’a dit. On m’appelle un “Casanova” car on me trouve beau mais trop froid puisque je ne parle que très rarement. Mon attitude devint si calme depuis la mort de mes parent. Quinze ans sont passés et durant tout ce temps, personne n’a sonné à ma porte. Personne ne me parle à part mes collègues au travail. Je n’ai point d’amis.

Dans la solitude, je vis une vie qui ne peut pas être plus ordinaire, la même routine tous les jours: me réveiller le matin, aller au travail, déjeuner, rentrer à la maison, diner et aller au lit.

La vie n’est pas toujours comme on le souhaiterait. J’aurais bien aimé rester tel que j’étais, pourtant elle m’a réservé une autre surprise. Elle a bien voulu s’amuser avec mon destin en le bouleversant.

Un jour, alors que je m’installai confortable sur mon lit tout doux dans ma chambre à lire le journal, il plut des cordes, un orage s’abattit sur toute la ville. Le ciel devint obscur, entouré par le brouillard fait de milliers et de millions de petite gouttes de pluies qui tombaient lourdement et en touchant le sol, faisaient de bruits incessants. Soudainement, toute la lumière s’éteignit, je ne vis plus que l’éclair déchirant le ciel à travers la fenêtre. Il était minuit et pourtant, à ma plus grande stupéfaction, la sonnerie retentit.

Je rallumai toutes les chandelles et courus à la porte. On avait déposé sur le seuil une petite enveloppe raffinée en velours de couleur bordeaux. C’était une invitation à un bal masqué le vendredi 13 de ce mois à Montmartre dans la villa “Chat Noir”. Bien que cet évènement semblait étrange, il m’attira. Je dus avouer que jétais excité à l’idée de m’y rendre. Je décidai d’y aller. Ma curiosité était un vrai vilain défaut.

Le jour du bal, je décidai de porter un complet qui m’allait à merveille, fait d’un satin noir splendide, de chaussures noires d’un éclat brillant, d’un noeud magnifique, le tout accompagné d’un masque noir simple ressemblant à celui de Zorro. Mon costume était d’une élégance parfaite. J’étais vraiment très excité. Je me demandai bien ce qui allait se passer.

Avant de partir, je jetai un dernier coup d’oeil dans le miroir pour vérifier si mon noeud était bien attaché et si mes cheveux étaient bien coiffés avec du gel. J’ajoutai une rose rouge dans la poche de ma poitrine. Je me sentais comme un vrai gentilhomme.

J’arrivai à la villa à neuf heures du soir pile. Il ne faisait pas froid et pourtant je sentais un frisson au long de ma colonne vertébrale. Je ne savais pour quelle raison, je ressentais une émotion étrange, un peu comme la peur, un peu comme l’adrénaline. C’était comme-ci ma conscience m’avertissait. Mais ma curiosité avait pris le dessus. J’y entrai. La salle du bal donnait une impression mystérieuse: les voiles minces presque transparents se balançaient sur les bords des fenêtres, la lumière faible abordait la salle dans une ambiance dense et calme, le tout décoré par trois couleurs principales: rouge, noir et blanc. Même les invités étaient tous habillés de ces trois couleurs, comme par coïncidence. Ils avaient l’air un peu pâles, leurs silhouettes étaient réelles mais de temps en temps devenaient translucides durant une courte durée, ils ressemblaient à des fantômes. Pourtant ils étaient dotés d’une beauté inimaginable.

Le bal commença, tout le monde se mit à danser sur une musique ancienne, chacun avait son partenaire, à part moi. Je me promenai alors dans la salle à goûter aux plats succulants. Soudain, je vis une jeune demoiselle masquée qui était toute seule dans un coin. Je m’approchai d’elle, histoire de la connaître et d’avoir une compagnie pour ce bal. En l’approchant un peu plus, je restai interdit, bouche-bée à l’admirer. Elle était d’une beauté incroyable. On aurait dit une statue au lieu d’une vraie femme. Elle avait des cheveux noirs comme un ciel sans étoile, des lèvres rouges comme des cerises qui venaient juste d’être cueillies, une peau blanche comme de la neige éternelle. Je me demandai pourquoi personne ne l’avait invité à danser. On se parla, elle était très sympathique, c’était la première fois qu’on se rencontrait et pourtant j’avais l’impression de la connaître depuis toujours. Je pus même dire que jétais tombé éperdument amoureux d’elle. Mon coeur battait la chamade quand on dansait ensemble, ses mains dans les miennes, ses yeux me regardaient d’un air affectueux. Ils étaient d’une couleur de chocolat au lait. Je me sentis incapable de me séparer d’elle.

 

Avec elle, j’oubliai tout le reste. Je ne savais plus quelle heure il était, où on était. Elle était la femme de mes rêves, celle dont j’avais toujours cherchée.

Malheureusement, elle refusa de me dire son nom.

Quand la grande horloge sonna les trois coups de minuit, elle s’en alla. Je la suivis sur-le-champ. Pour une raison inconnue, je perdis ses traces tout à coup. Elle disparut… Sans dire un mot… Sans dire au revoir… Sans dire son prénom… Je descendis les escaliers lentement, le coeur lourd, désespéré de l’avoir perdue. Pendant que mes pensées erraient nulle part, un petit objet détourna mon attention. C’était un masque de couleur d’argent avec des dentelles noires, décoré élégamment. Sans hésitation, je sus que c’était son masque. Je le ramassai puis rentrai chez moi.

Je cachai le masque précieusement dans ma garde-robe, fermée à clé comme un trésor. Tous les jours, je le ressortais pour contempler sa perfection. Quand je le regardais, cette nuit inoubliable et cette demoiselle si mystérieuse revenaient en ma mémoire. Je souhaitai la revoir encore. Je n’arrêtais pas de penser à elle. J’oubliais de manger, je n’arrivais pas à dormir la nuit, parfois j’oubliais même de respirer pensant à elle. Mes rêves se remplissaient de son image, je ne voulais plus jamais me réveiller. Certaines nuits, j’avais même l’impression de la voir.

Elle était là, au pied de mon lit et elle me regardait. Je ne faisais plus de différence entre la réalité et le rêve. Tout était rempli d’elle. Je pouvais regarder dans ses yeux brillants d’étincelles, entendre sa voix aussi douce qu’un rossignol, sentir son odeur parfumée d’orchidée et toucher le tissu soyeux de sa toilette telle celui d’une déesse. Malheureusement, elle portait toujours le masque.

Comment était-ce possible? J’avais pourtant mis le masque dans l’armoire. Je m’en souvenais très bien. Quand l’aurore apparaissait, les premiers rayons de lumières pénétraient dans ma chambre, elle pâlissait de plus en plus et disparaissait comme si elle n’avait jamais été là. Je me levais et retrouvais par terre le masque bien que je l’avais mis dans un coffret dans l’armoire.

Avais-je une hallucination? Délirais-je? N’était-ce qu’un simple rêve? Mais pourquoi l’avais-je senti si vrai? Devenais-je fou?

Si ce n’était pas un rêve ni une hallucination alors que cela pouvait-il bien être? La réalité? C’était impossible. Comment pouvait-elle entrer chez moi comme ça? Ensuite y ressortir comme par magie? Comment le masque qui était enfermé à clé dans l’armoire pouvait en sortir?

Je me lançai à sa recherche mais en vain. Comment pourrais-je la retrouver si je ne connaissais même pas son nom? Je dépensai ma fortune de plus en plus pour des voyages, payer des détectives reconnus pour leur talent à sa recherche. Je ne voulais qu’une chose: la retrouver à tout prix.

Une idée me vint en tête: Et si je la cherchai à la villa “Chat Noir”?

J’y allai, tentant de la retrouver mais le bâtiment ne se trouvait pas là. Je demandai aux voisins alentours, ils me dirent qu’il n’y avait aucune villa de ce nom. Pourtant je m’en souvins qu’il y avait cette villa ici?

Soudain une tempête arriva, le crépuscule tomba aussitôt. Je courus rapidement sous un grand arbre pour me mettre à l’abris. Epuisé à force de courir partout à sa recherche, exaspéré à l’idée que la villa n’ait jamais existé, je m’asseyai au pied de l’arbre et inconsciemment tombai dans un sommeil profond.

Je la revis, elle était toujours aussi ravissante. Pourtant cette fois, ces yeux ne montraient plus cet air si affectueux mais à la place un air capricieux et froid:

“Tu veux me retrouver? Es-tu prêt à tout payer pour savoir où je vis?”

“Oui, ma belle. Tout ce que tu voudras.”

Comme par sortilège, je me sentai toujours attiré à elle, peu importe si elle semblait froide et sans émotion.

Elle me tendit un morceau de papier où elle avait écrit son adresse.

Je le pris et elle disparut encore une fois.

J’avais cru que c’était un rêve mais quand je me réveillai, le papier se trouvait toujours au creux de ma paume. Je suivis l’adresse, j’oubliai complètement que je devrais payer quelque chose en retour.

Quand je sonnais à sa porte, on me dit qu’elle était déjà morte depuis dix ans.

Comme si le ciel tombait sur ma tête, ce fut un si grand choc que je n’arrivai pas à remettre mes pensées dans l’ordre. Je marchai à pas lourds sous la pluie, épuisé et désespéré. Au bout d’un moment, mes genoux ne semblaient plus avoir de force, je tombai sur le sol glacé. Une douleur fatale envahit mon âme. J’eus très mal, comme si quelqu’un prenait mon coeur et le brisait en mille éclats. Des larmes chaudes coulèrent doucement sur mes joues et se mélangèrent à la froideur des gouttes de pluie. Mon souffle s’affaiblissait peu à peu. Je me sentais vulnérable. Le premier amour laisserait désormais des traces ineffaçables dans ma mémoire.

Quand je rentrai chez moi, j’eus l’urge de contempler son masque, comme pour apaiser à peine la douleur qui s’apprêtait à s’expandre à l’intérieur de mon corps. Je le cherchai dans tous les placards, armoires et même dans les coffrets mais en vain. Il ne se trouva nulle part dans la maison.

Le masque, de telle façon dont je ne sus guère, était disparu.

Je compris alors ce qui se passait, ce qu’elle avait voulu reprendre.

Plus aucun espoir, plus aucune doute… c’était elle qui l’avait pris. Le dernier souvenir d’elle s’était envolé sans laisser la moindre trace.

Depuis, je reste célibataire. Pour moi, aucune beauté ne puisse comparer à la sienne, me redonner la même impression. Peu importe comment j’ai mis du mal à m’efforcer à aimer quelqu’un d’autre. Je ne voyais qu’elle et toujours, je ne vois que d’elle. Je ne sais point si je l’ai vraiment rencontré mais elle semblait trop vraie pour être un rêve. Si elle n’était qu’un rêve, elle aurait pu être le plus beau fruit de mon imagination.

C’est ainsi que je ne cherche plus personne à la remplacer dans mon coeur où il n’y qu’une place réservée à elle. Je suis désormais seul, comme toujours.

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Le Château de M. Hervé – Nhu Anh Vu & Tra My Vu

Je vis une paisible vie dans l’ouest de la France en Bretagne, Carantec, dans une magnifiques villas. Je n’ai pas d’enfants ou de femme, ce qui me laisse énormément de temps libre à passer avec mes amis dans des bals ou des réceptions, où je fais connaissance avec beaucoup de personnes importantes. Pendant toute ma vie, je n’ai jamais rencontré et cru au pouvoir surnaturel. Or un jour, une chose étrange et inexplicable m’est arrivée. Ce jour-là, lors d’une réception, je fis connaissance d’un certain Albert, un homme élégant qui me raconta son séjour dans le château de Taureau de M.Hervé, une très belle habitation, se trouvant sur une île à une demi-heure de bateau. En rentrant chez moi, je cherchai quelques vagues informations sur ce château pour préparer une petite visite. Le lendemain, je louai un canot à moteur pour me déplacer mais lorsque j’arrivai à destination , le moteur tomba en panne et refusa de démarrer ce qui m’obligea à passer une nuit dans ce château. En montant sur l’île, je découvris un vieux serviteur qui m’attendait depuis au moins dix minutes.

– M.Bermutier? demanda le serviteur poliment.

– C’est moi. Mais comment connaissez vous mon nom?

– Je suis M.Loiseau, le gérant de ce château.

– C’est un plaisir de vous connaître, mais vous n’avez pas répondu à ma question.

– Cela n’a pas d’importance. Je suppose que vous êtes venu ici pour une visite.

– Oui, vous avez raison, mais j’ai un petit problème avec mon canot, pourrais-je passer la nuit dans votre château s’il vous plaît ?

– Bien sûr monsieur, c’est avec plaisir que je vous accueille et mon maître aussi. Mais…

– Je vous remercie de votre hospitalité, j’espère que je ne vous dérange pas. Excusez-moi, vous avez dit…?

– Oh…Non…Rien…Venez avec moi, je vais vous montrer votre chambre.

Je suivis le gérant dans le château qui était étrangement beau, il n’y avait pas d’électricité mais les bougies suffisaient à tout éclairer. M.Loiseau m’emmena dans un des étages de l’appartement où se trouvaient cinq chambres et me dit de prendre celle que je voulais. Je voulus prendre la première mais quelque chose m’obligea à m’installer dans une vieille chambre froide qui me faisait frissonner, tout était recouvert d’une épaisse couche de poussière comme si on nel’avait pas nettoyée depuis des années , sur le mur gauche de la chambre se trouvait le portrait d’un homme qui ressemblait étrangement à Albert…

Je posai mes valises et je me jetai sur le lit. Je fermai les yeux pour me relaxer, j’étais fatigué après une longue journée. Je ne sus si j’étais resté immobile longtemps mais à certain moment j’ouvris mes yeux et décidai de sortir pour visiter le château. En sortant de la chambre, je fus attiré par une porte ornée de feuille d’or en face de ma chambre. Je m’approchai, lentement et par curiosité, je posai mes mains sur la poignée pour observer ce qu’il y avait derrière cette porte, quand tout à coup le gérant apparut. Il m’informa que c’était l’heure de dîner et que son maître était en train de m’attendre en bas, dans la salle à manger. Je lâchai brusquement la poignée de la porte et suivis le gérant. La salle à manger était grande et élégante, décoré dans le style médiéval. Devant une longue table remplie de nourriture, se trouvaient un homme et une femme. En me voyant, l’homme s’approcha, me salua et se présenta poliment. Il s’appelait M.Hervé, le propriétaire du château. Je me présentai à mon tour, le remerciai de m’avoir invité pour le diner et de m’accueillir chez lui. Je fis également la connaissance de sa femme Alice, une très belle femme.

Nous nous assîmes et commençâmes à manger. Le dîner se déroula normalement. Le dîner fini, je dis bonsoir à monsieur et madame Hervé pour rentrer dans ma chambre. Celui-ci m’avertit que je pouvais visiter tout le château sauf la chambre d’en face de la mienne.

En retournant dans ma chambre, je n’oubliai pas de jeter un coup d’œil sur la chambre d’en face. Je me demandai ce qu’il y avait derrière cette porte. Je pensai à cette question toute la nuit, mais la fatigue m’obligea à fermer les yeux. Près de minuit, je fus réveillé par d’un coup de fusil. Mais je ne fis pas trop attention, en me disant que je rêvai, je m’endormis.

Le lendemain je me réveillai mais en sortant de la chambre je constatai que le château était vide. Je cherchai partout mais inutile. Peut-être ils sont été sortis. Je décidai donc de visiter le château.

Je passai mon temps à observer méticuleusement les chambres du château. M’arrêtant devant la chambre interdite, la curiosité monta en moi. J’hésitai à l’ouvrir, mais le courage me gagna, je retournai lentement la poignée, la porte s’ouvrit.

Je découvris avec horreur le cadavre de deux personnes abandonnées depuis des années, un était par terre l’autre sur le bureau. Un frisson monta en moi, j’avais la chair de poule.En fouillant sur le bureau, je trouvai un vieux journal avec l’article: «La mort inexplicable d’un châtelin et de sa famille». En dessous, collées les photos de la famille de M.Hervé et aussi celle de M.Loiseau. D’après le journal, la famille Hervé avait été assasinée il y a quinze ans. En lisant ces lignes, j’étais cloué sur place, je me sentais angoisssé, mon visage devenait toute pâle et je sentais mon sang se glacer. En regardant les cadavres, je sursautai car je reconnus M.Hervé et son gérant comme s’ils venaient juste de mourir. Je courus à toute vitesse à la recherche d’un autre bateau pour pouvoir quitter cet horrible lieu.

Mais au bout d’une demi heure de recherche, je vis encore une fois deux autres corps humains. A ce moment, j’étais cloué sur place, des voix résonnaient dans ma tête. L’envie de quitter cet endroit me reprit, mon corps devint mobile, je courus directement vers le havre du château qui se trouvait non loin d’ici. J’y trouvai un petit bateau à rame, donc je m’embarquai, et en seulement deux coups de rame je me trouvai dans la mer en direction de la terre ferme. Je fus épuisé après une heure, je m’allongeai sur le plancher du bateau. Des images du château me revinrent, les cadavres.

Quelques heures plus tard j’arrivai au port. Sans faire attention aux autres, je rentrais directement chez moi, et je l’enfermai dans ma chambre. En pensant aux faits qui s’étaient produits, et puis je m’en souvins d’Albert, l’homme qui m’avait montré le château. Je demandai à mon ami qui travaillait pour la police des information sur cet homme mais il m’informa que Albert était mort quelques années auparavant. Voilà mon histoire. Peut-être que vous n’allez pas ne croire,je ne me suis pas repris depuis ce jour.

 

 

 

 

 

 

 

Wakako, Le Fantôme Amoureux – Yen Ba Vu & Marie Fitoussi

Le jour de l’enterrement de ma femme, Wakako Goto, la personne que j’aime le plus au monde, sera toujours un jour terrible pour moi. Non seulement c’était le jour où ma bien aimée était enterrée, c’est aussi le jour où tous mes problèmes, qui m’ont amené ici, à un centre pour des malades mentaux,, commencèrent.

Le jour de l’enterrement, comme pour se moquer de moi et de mon chagrin, le soleil brillait et je n’apercevais aucun nuage. Je me rendis au temple d’Otera à Tokyo pour assister à la cérémonie. Peu à peu, des personne arrivèrent. Mes amis et ma famille m’observèrent avec pitié. Puis, je vis la famille de Wakako, qui sanglotait. Ses parents souffraient tellement, mais pas autant que moi. Personne n’aimait Wakako autant que moi, et personne ne souffrait autant que moi.

Le prêtre commença la cérémonie en récitant des prières. Puis, on amena le cercueil de Wakako, qui était recouvert d’une vitre transparente devant son visage. Comme la tradition japonaise l’exigeait, les invités, un par un, s’approchèrent et donnèrent un baiser à Wakako à travers la vitre. Je passai en dernier. En voyant le visage de ma femme, je ne voulais qu’éclater en sanglots. Pourtant, je gardai mon calme, me penchai, et posai mes lèvres sur le vitre. J’eus probablement une hallucination, mais je vis les yeux de Wakako s’ouvrir.

Je fermai les yeux, néanmoins je vis ses yeux ouverts. J’imaginais qu’elle me reprochait « Pourquoi m’as tu laissé mourir par cet accident ? » J’eus peur, et des sueurs froides apparurent sur tout mon corps.

Quand je me relevai tout le monde était sorti et à mon tour je sortis. C’était à ce moment là qu’un vieil homme portant un très long manteau noir m’empêcha de sortir. Il était là comme s’il m’attendait. C’était un vieil homme au sourire sinistre dont les rides couvraient le visage, ce qui le rendait très vieux et laid.

Tout à coup, il me demanda : « C’est l’enterrement de votre femme, n ‘est-ce pas ? »

Cela m’a surpris, je ne pensais pas qu’il avait assisté à l’enterrement. Néanmoins, je répondis.

« Oui , que voulez vous ? »

« Rien de spécial, mais j’ai quelque chose pour vous, monsieur Goto. »

C’était à ce moment-là qu’à ma grande surprise, il me donna un téléphone en miniature semblable à un jouet d’enfant. Je le pris pour un fou, mais comme s’il s’attendait à cette pensée, il me dit : « Ne me prenez pas pour un fou et écoutez-moi. Si vous tapez le numéro treize sur ce téléphone, votre femme reviendra. Cependant, je vous préviens que si elle revient, elle ne vous quittera pas tant que vous vivrez. »

Puis, il partit sans dire un autre mot. Je restai cloué sur place, perplexe.

Après cette rencontre mystérieuse, je rentrai chez moi. J’étais perplexe et troublé, je pensai que le vieil homme était fou, qu’il s’agissait d’une duperie. De plus, le téléphone me dérangeait et je ne savais pourquoi il me provoquait un malaise. Mais je ne pouvais empêcher mon regard d’aller sur l’objet, quelque chose d’inexplicable m’y attirait. La curiosité finit par m’envahir, et je tapai le numéro treize que j’avais gardé en mémoire sur le téléphone et je décrochai.

Comme je l’avais envisagé, rien ne se passa. Néanmoins, j’étais déçu car un petit espoir de retrouver ma femme s’était formée en moi. Enragé, je lançai violemment le téléphone dans la poubelle.

Je devins désespéré et las de tout, et j’allai m’asseoir sur le canapé. Je sortis les précieuses photos prises avec ma femme. Une grande nostalgie m’envahit, surtout lorsque je contemplai les photos prises peu après notre première rencontre il y avait treize ans.

Après ces photos, je passai à celles qui étaient les plus récentes. Soudain, une forme argentée s’élança hors de la photo. Ebahi, je me jetai en arrière et poussai un cri d’horreur. Je tremblai comme une feuille. Je voulus fuir à toutes jambes, mais je ne pouvais. Quelque chose me retint. Etait-ce une hallucination ? Malgré ma frayeur, je fixai cette forme volatile qui, peu à peu, se métamorphosa en la silhouette de ma femme.

Je me calmai, moitié soulagé, moitié sceptique. J’étais certain qu’il s’agissait du fantôme de ma femme, cependant, son aspect avait changé. Wakako était translucide, pâle, et sombre. Ses joues étaient creuses tellement elle était maigre, et ses yeux étaient cernés. Elle me sourit, mais sa bouche était tellement difforme que cela ressemblait plutôt à une grimace. Toutefois, son regard doux qui n’avait pas changé me permettait de comprendre son expression de bonheur, de me retrouver, sans doute. En fin de compte, le téléphone avait bel et bien un pouvoir !

Mais cela me paraissait tant invraisemblable. Etait-ce vraiment la réalité ? Ma femme était-elle vraiment là, devant moi, alors qu’elle était morte ? Mais j’oubliai tout de suite ces pensées lorsqu’elle commença à me parler.

« Quel bonheur, quelle joie de te retrouver, Ken-ichi ! » Sa voix était aigue, et lointaine, comme s’il s’agissait d’un écho.

« Oh, ma chère Wakako ! » Lui répondis-je, « Comment est-ce possible que tu réapparais et que nous pouvons se parler comme avant, toi et moi ? »

Elle fit mine de réfléchir, mais aucune réponse ne sortit de sa bouche. J’essayai d’ignorer son silence. Cela était bizarre, car ma femme n’avait jamais ignoré une question avant sa mort.

Nous bavardâmes jusqu’au moment où la ville sembla totalement obscure. Il était onze heures et demi, et nous décidâmes d’aller dormir.

Comme je le faisais toujours avant de me coucher, je voulus embrasser ma femme, mais je ne réussis pas. Mes lèvres ne pouvaient pas toucher sa peau, et je sentis une froideur glaciale. Ma femme n’était pas palpable.

« Tu ne pourras pas me toucher, mais ne t’en soucies pas. » Me répondit-elle. « Tu t’y habitueras. »

Je lui fis oui de la tête, mais j’étais un peu mal à l’aise. Je parvins à me soulager en me disant que mon amour pour Wakako pouvait surmonter toutes ces choses insolites, et avec cette pensée, je tombai dans un sommeil profond. Cependant, mes rêves ce soir-là étaient étranges et inquiétants. Je rêvai du monde des morts !

Le lendemain, je me levai de bonne heure. Ma femme était déjà debout, et je la vis se promener dans l’appartement. Pendant que nous bavardions, je me changeai et pris le petit-déjeuner. Bizarrement, Wakako ne mangea pas ! Puis, j’étais sur le point de sortir pour aller au bureau, lorsqu’elle m’arrêta et insista pour venir avec moi. Jamais elle ne m’avait demandé une telle chose ! Je voulus refuser, mais en regardant son regard suppliant, je ne pus pas dire non.

Elle me suivit alors. Je me rendis compte soudainement que d’autres personnes pourraient la voir si elle sortait. Dans l’ascenseur, nous nous disputâmes, car elle s’obstinait et n’acceptait pas de revenir à la maison. Soudain, je remarquai que les portes de l’ascenseur étaient ouvertes et un homme était entré dedans. Bouche-bée, je le fixai. Il avait probablement vu le fantôme de ma femme, pourtant il restait calme !

« Monsieur, tout va bien ? » Me demanda t-il. « Vous êtes très pâle, et il me semble que vous vous parlez à vous-même. »

Je ne lui répondis pas, et je quittai l’ascenseur aussitôt, suivi de Wakako. Je compris alors que celle-ci était invisible à toute personne, à part moi.

Au bureau, aucun événement spécial n’arriva. J’avais du mal à me concentrer au travail à cause de ma femme qui était à côté de moi à tout moment. Malgré cela, j’étais euphorique. J’avais la chance de revoir ma femme, et je pouvais la voir pendant toute ma vie. Cependant, je me doutais encore si tout cela était la réalité. Pourquoi étais-je si chanceux ? Comment Wakako put-elle revenir ?

Ces questions me tourmentaient, mais je finis par les oublier lorsque je rentrai à mon appartement. Je cuisinai, car Wakako ne pouvait pas comme elle était incapable de soulever les objets. Pendant que je cuisinais, une chose étrange se produisit. À un moment alors que je ne faisais pas attention, je mis ma main de le feu par inadvertance. Il s’agissait d’un geste inconscient de ma part. Heureusement, je retirai ma main avant que la brûlure devint trop grave.

Le soir, lorsque je dormais, je vécus des cauchemars pires que mon rêve la nuit précédente. De plus, chaque nuit qui suivait, je faisais des cauchemars encore plus horribles que ceux des nuits précédentes. Des cadavres, des fantômes, et des êtres qui n’appartenaient pas au monde des vivants me tourmentaient sans arrêt.

À part mes cauchemars horribles, d’autres choses étranges arrivèrent aussi. De plus en plus souvent, je vivais des moments où je n’étais pas conscient de mes actions, comme lorsque j’avais cuisiné. Par exemple, un jour, lorsque j’ouvris les fenêtres pour prendre un peu d’air frais, j’eus soudain envie de sauter hors de la fenêtre. Heureusement, je me retins et je ne sautai pas.

Je commençai à me demander si tous ces cauchemars et événements étaient causés par la présence du fantôme de Wakako. J’étais de plus en plus mal à l’aise près d’elle, et je devenais anxieux. En effet, je commençai à regretter d’avoir fait revenir ma femme du monde des morts.

Un soir, je vécus le pire des cauchemars : je me trouvai entouré de créatures immondes et hideuses. Des esprits sombres me frôlaient, et des monstres me chassaient. Mais, ce qui rendait ce cauchemar vraiment terrible, c’était la présence de ma femme. Elle était là dans mon rêve et au lieu de me sauver des créatures monstrueuses, elle les aida à me chasser. Elle cria qu’elle voulait me tuer et qu’elle voulait que je la rejoigne dans l’Autre Monde.

Je me réveillai en sursaut. Soulagé que le cauchemar ait terminé, je poussai un soupir. Mais soudainement, Wakako se dirigea devant moi et cria d’une voie aigue : « Meurs ! Meurs ! Meurs ! J’en ai assez de vivre dans ce monde-ci ! Viens avec moi dans le monde des morts ! » Je compris alors qu’elle avait essayé, depuis sa résurrection, de me tuer. Elle était la cause de tous ces cauchemars pour me voler ma raison d’être, et elle était à l’origine de mes gestes inconscients dangereux.

Terrifié, m’enfuis à toutes jambes, sortant de mon appartement. Je courus dans la rue, sans savoir où je voulais aller. Je me demandai si j’étais fou, et j’avais besoin d’aide.

Premièrement , je pensai à appeler un de mes amis proches. Mais, je me dis qu’ il ne pouvait pas vraiment me comprendre, et n’allait pas me croire. Il fallait mieux consulter un psychiatre.

Pendant que je réfléchissais où aller, Wakako me trouva et se colla à moi, en me criant des choses incompréhensible, ce qui m’angoissa et m’empêcha de penser à quoi que ce soit . Malgré ma peur, je lui dis de se taire, mais elle continua. Les gens sur le trottoir me regardèrent, émus et confus.

Je vis un taxi. Sans réfléchir , je lui fis un signe de la main et je montai en me précipitant pour que ma femme ne puisse pas m’attraper. Lorsque j’arrivai chez le psychiatre, je lui résumai à toute vitesse cette fameuse aventure , j’étais très presse, de peur que la morte vivante parvienne jusqu’ici. Quand j’eus fini de raconter , il me regarda d’un œil méfiant et tout de suite, deux hommes me tirèrent de force dans une voiture. J’eus juste le temps de crier. Je ne comprenais pas ce qui se passait.

D’un ton sec, un des hommes me déclara que j étais amené a un asile et que je devais y rester pour quelque temps.

Je fus installé dans une chambre sombre, sans décor, avec une fenêtre à côté de la porte. J’ouvris les rideaux. Soudain, une silhouette translucide apparut devant moi. Je sursautai, et évidement, il s agissait du fantôme. Je compris alors que j’allais rester ici , enfermé avec cette créature, à jamais…

Mon Amour – Bao Khanh Le Hoang & Benedicte Lemercier

La distance que j’ai toujours tenue envers les jeunes hommes de mon âge m’a donné une réputation de jeune fille sage et rationnelle. C’est ma fierté. Je ne m’en laisse pas conter, et je ne m’intéresse pas le moindre du monde aux amourettes. Et pourtant…

C’était une belle soirée de fin d’octobre. J’étais invitée à un bal, une réception ordinaire qui avait lieu chaque semaine chez une amie. Je n’y étais présentée que par politesse, pour soigner les relations de ma famille, mais j’aurais préféré une soirée devant la cheminée avec un bon livre. Je me tenais un peu à l’écart, saluant les invités avec un sourire et une petite révérence. Au fur et à mesure que le temps passait, je fus abordée par plusieurs hommes qui m’invitèrent à une danse. Ils me complimentèrent sur mon allure, mes bijoux, ma robe cramoisie qui contrastait fortement avec mes boucles dorées. Après plusieurs valses, je m’apprêtai à aller chercher une boisson quand quelque chose m’arrêta. Pivotant sur moi-même, mes yeux bleus croisèrent des iris gris d’acier. Un frisson me parcouru.

Devant moi se dressait un jeune homme, de un ou deux ans de plus que moi, à en juger par l’apparence. Il était brun, avec des cheveux en désordre, qui, au lieu de lui donner une image négative, lui apportait une touche de mystère. Il avait la peau pâle, extrêmement pâle, d’une couleur blanche anormal qui ressortait encore plus à cause de son complet noir en velvet. Pourtant, c’étaient ses yeux gris d’acier qui me captivaient le plus. C’étaient les yeux les plus froids que j’avais vus au monde. Il n’y avait pas d’émotions, pas d’éclat, rien. Sur ses lèvres minces était né un curieux petit sourire et je sus, à ce moment là, que j’étais éprise de lui. Il m’invita ensuite à danser, et j’acceptai avec plaisir. Nous dansâmes toute la nuit, parlâmes de tout comme si nous nous connaissions depuis longtemps et enfin, quand minuit sonna, nous nous séparâmes avec la promesse de nous revoir.

C’était un matin de novembre, sombre et nuageux, mais cela n’empêchait pas ma bonne humeur. J’avais reçu un petit mot, accompagné d’une belle rose rouge, venant de la part du jeune homme que j’avais rencontré le jour du bal. Il souhaitait me voir ce soir. Je bouillais d’excitation. J’avais hâte de le voir. Tout au long de la semaine, je n’arrêtai pas de penser à lui. Il revenait sans cesse dans mon esprit, me hantait avec ces yeux orageux. Je voulais revivre les moments de bonheur que j’avais vécus avec lui.

Tout de même, malgré ma joie et mon enthousiasme, je sentis un certain malaise, à peine présent, au creux de mon estomac. Je ne savais pourquoi. Peut-être parce qu’il voulait m’emmener avec lui pendant la nuit? Peut-être était-ce à cause du fait qu’il insistait que je ne doive pas prévenir mes parents et mes amis ? Peut-être était-ce parce qu’il voulait garder notre rapport secret ? Quelque chose clochait. Je ne savais quoi. J’essayai de voir la situation de son côté. Sans doute pensait-il que c’était encore trop tôt pour annoncer notre relation. Il ne souhaitait pas être jugé par la société qu’il fréquentait, et cela, je le comprenais bien. Il voulait peut-être me protéger des rumeurs. Il attendait peut-être le bon moment pour révéler notre relation. Oui, c’était sûrement cela, me répétai-je pour me rassurer.

Après m’être habillée soigneusement, j’attendis impatiemment et nerveusement son arrivée. Enfin, quand les derniers rayons de lumières s’éteignirent sur l’horizon, je le vis apparaître sous mon balcon. Comme s’il savait que j’étais là, il releva ses yeux, et croisa les miens. Un sourire glissa sur ses lèvres, et je le lui rendis. Tous mes doutes furent dissipés miraculeusement, et je ne me souvins plus de rien. Tout ce que je voulus à ce moment là était de sortir, le rejoindre et partir ensemble pour une nuit de merveille. Ce que je fis immédiatement. Je pris soin d’ouvrir la porte, puis la fermant doucement, priant qu’elle ne grinça pas, et je descendis sans bruit jusqu’à la grille. Je sortis, et lâchai un souffle que j’avais retenu sans m’être rendue compte.

Je passai une soirée merveilleuse. C’était comme si je vivais dans un conte de fées. Je me sentais comme une princesse aux bras de son Prince Charmant, qui la couvrait d’amour et de richesses inimaginables. J’étais comme enivrée, dans un état euphorique d’où je ne souhaitais jamais sortir. J’étais la fille la plus heureuse au monde.

Pourtant, ce soir-là, je ne pus dormir. Les scènes de la sortie se reproduisaient dans ma tête et je remarquai certaines petites étrangetés que j’avais négligées. La main, sa main que j’avais tenue était glacée dans ma paume chaude, comme du marbre. Ce n’était pas normal, personne ne pouvait être si froid. Son repas aussi m’inquiétait. Il mangeait à peine, et ne buvait que du vin. Quand il avait croisé mon regard inquisiteur, il avait apporté quelques bouts de viande à sa bouche avant de les laisser tomber quand j’avais détourné mes yeux. Avec ces pensées tourbillonnant dans mon cerveau, je tombai enfin dans un sommeil agité. Le lendemain, je n’avais plus aucun souvenir de ces réflexions.

Des semaines passèrent. Je continuai à le voir plusieurs soirs, et si nous nous ne le pouvions pas, c’étaient par des mots que nous échangions nos nouvelles. Je sortis sous d’innombrables prétextes, une fois chez une amie, une autre chez ma tante, une autre pour des achats et ainsi de suite. Je le fis sans aucune gêne. Inventer des excuses et des mensonges étaient maintenant extrêmement faciles, et je devins de plus en plus habile. Moi, qui étais si sage auparavant, je cachai les lettres après leur lecture et ses cadeaux dans un coffre sous le lit. Parfois, je sentais une vague de culpabilité s’emparer de moi, mais elle était vite oubliée lorsque je pensais à lui et à son beau visage.

Un jour, pourtant, un événement bouleversa mon quotidien. Je profitai d’une journée où je ne sortais pas avec mon Amour pour ranger le grenier dans l’espoir de retrouver quelques objets de mon enfance. Je tombai sur un tas de journaux, datant de deux siècles auparavant. Curieuse, je décidai d’y jeter un coup d’œil avant de m’en débarrasser. Je me figeai à la vue d’une reproduction exacte du jeune homme que je fréquentais ces derniers temps. C’était une illustration, accompagnée d’une petite annonce à droite, signalant la disparition de deux jeunes filles. J’étais pétrifiée, je tressaillis, un mauvais pressentiment me remplit à ce moment là. Je parcourus rapidement l’énoncé et je me sentis défaillir. Mon cœur commença à battre la chamade. Je ne pus retenir que ces mots de l’article, jeunes filles, blondes, familles riches, disparition pendant la nuit, dernièrement vu accompagnée d’un jeune homme inconnu. Sans peine, je déduisis que ce jeune homme était l’homme de l’illustration. Qui était en effet celui que j’appelais « mon Amour ».

Je ne sus plus quoi penser. Des idées tournoyèrent dans ma tête. Etait-ce vrai ? Pouvais-je me fier à l’article ? Etait-ce vraiment mon bien-aimé ? Etait-il la cause de la disparition de ces jeunes filles? Et la date, la date aussi ! Pourquoi apparaissait-il dans un journal de deux siècles auparavant, si ancien, alors que lui n’atteignait que la vingtaine ? Comment cela se faisait-il ? Ce ne devait pas être possible ! Je ne pouvais pas y croire ! Il s’agissait sûrement d’une plaisanterie. Ce n’était pas lui ! J’en étais sur. Mes yeux me jouaient un tour ! Voila ce qui se passait !

La malheureuse vérité était que, malgré le nombre de fois que j’avais fermé et rouvert mes yeux, l’article était toujours là, et « mon Amour » était bel et bien dans l’image.

Des nombreuses questions jaillirent de mon cerveau. Et si j’étais sa prochaine victime ? Et si c’était moi ? J’avais de curieuses ressemblances avec ces jeunes filles du passé. Je doutai que ce fut un hasard. J’avais, comme elles, les cheveux blonds, et je venais d’une famille riche.

Plusieurs signes vinrent à ma mémoire. Je me rappelai sa pâleur, ses mains froides, son repas. Je me rappelai des demandes précises concernant les visites nocturnes. L’avais-je vu le jour ? Non, je ne sortais avec lui que le soir, la nuit, quand le soleil dormait déjà tranquillement. Il me semblait aussi qu’il ne dormait jamais. Vers minuit, lors de nos rencontres, très souvent, je sentais mes paupières devenir lourdes, mais mon compagnon ne donnait jamais signe qu’il était fatigué. Ensuite, je me rappelai son souhait de garder notre relation dans le noir, de ne jamais mettre au courant ma famille. Je me rappelai de sa grande connaissance sur le monde, alors qu’il avait à peine vingt-cinq ans. Comment avait-il pu apprendre toutes ces langues, toutes ces matières ? Et sa beauté éclatante, tellement éblouissante, tellement parfaite, qu’on aurait pensé à celle d’un Dieu.

Qui était-il, en réalité ?

Lentement, je me levai et descendis dans ma chambre. Je m’allongeai, espérant que le sommeil me permettrait de trouver une solution pour m’échapper de cette situation pitoyable.

Le lendemain je me réveillai avec de terribles maux de tête. Les événements de la veille me revinrent et je blêmis. Je sentis la peur monter en moi et je n’eus qu’une seule envie : m’enfuir loin d’ici et ne plus jamais le revoir.

Je pris rapidement ma décision. Je m’éloignerai de lui pendant un certain temps, assez long pour qu’il s’en lasse et qu’il me laisse tranquille. Je couperai tout contact avec lui. Je dirai à ma famille que je partirai en voyage en dehors du pays, sous prétexte de me reposer. Sitôt dit, sitôt fait. Mes parents encouragèrent mon projet et ils me conseillèrent même de partir maintenant pour éviter les pluies et les neiges hivernales qui venaient.

Je n’eus qu’à préparer les malles. Je jetai tous les cadeaux qu’il m’avait offerts et les anciens journaux dans lesquels il figurait. Je brûlai les mots échangés et les robes que je portais pendant les soirées avec lui. Enfin, je pus partir sereinement.

Cela fait déjà six mois que je suis loin de ma ville. Je vis chez un de mes proches et je passe mon temps paisiblement à la bibliothèque, au théâtre, à faire des promenades dans le parc, à assister aux bals et aux réceptions. Je reste en contact avec ma famille et il me semble que personne n’est venu me chercher pendant mon absence. Les souvenirs au-delà de ces mois m’apparaissent vagues et flous et je suis rassurée que je ne le reverrai plus.

Aujourd’hui, une commémoration est en train d’avoir lieu et ma tante veut me présenter à un jeune homme qu’elle trouve charmant. Lorsque je descends, je crois le voir de dos et cette figure me parait étrangement familière….

Eloise Au Chant Fatal – Loan Nguyen & ?

J’ai toujours aimé collectionner les petites figures ou les petites statues de personnages depuis que je suis petit. Je trouve qu’ils ressemblent à des portraits en trois dimensions même s’ils sont inanimés et figés, ce qui leur donne une expression assez triste. Même si à Londres on n’en trouve pas beaucoup, je continue à en chercher pour compléter au fur et à mesure ma petite collection.

 

Tout commença ce soir-là:
– “Je suis revenu!” – s’écria papa en entrant de la porte grande ouverte.
– “ Papa! Tu nous as manqué!” dit Ellie.
– “Je vous ai apporté des cadeaux!”
– “Des cadeaux! Papa tu es le meilleur!”

Il mit dans la main d’Ellie une poupée aux cheveux blonds et aux yeux noirs et profonds. Puis, il me passa la statue d’une femme, dont ses yeux me captivèrent par sa beauté et son attrait indescriptible, un partum pénétra dans mon esprit hypnotisé par son charme. Celle-ci était à moitié dévêtue, couverte par son étoffe lézardée de couleur de fleur de soufre, fanée par le temps. Un nom ‘Éloïse’ était inscrit à ses pieds. Elle portrait un sourire si séduisant que je ne pouvais pas résister. Quoi dire de plus? Même son nom était joli! C’était un chef-d’œuvre; elle était tout simplement magnifique. Je l’admirai pendant un long moment.

 

Je déposai Éloïse sur l’étagère de ma chambre, où se trouvait ma collection. Elle l’a perfectionnait. Parfois, quand je la regardai, un sentiment étrange surgissait. Ou plutôt un sentiment de malaise, un sentiment de crainte indescriptible. Souvent, j’avais l’impression que ses yeux se baladaient derrière mon dos, comme si elle suivait chacun de mes gestes. Mais quand je me retournai, elle était toujours à sa forme initiale, avec son sourire charmant, l’expression toujours aussi joyeuse.

 

Cela fit un bon moment que la statue arrivait chez nous. Et depuis, ce sentiment étrange ne cessa pas me troubler.
Un jour, comme tous les autres, j’étais en train de me doucher dans ma salle de bain. Je ne m’étais pas lavé depuis trois jours donc je devais bien frotter ce jour là. Je venais de prendre un peu de shampooing dans ma paume. Quand je  me retournai pour le déposer, la statue était là, devant moi. Mon cœur s’arrêta de battre pendant quelques secondes. Comment était-elle arrivée ici? Cela était possible que je l’aie oublié dans la salle de bain. Mais pour quelle raison aurai-je amené Éloïse dans un tel lieu ?
Un jeudi matin; le ciel était ténébreux, le vent soufflait si intense que les feuilles mortes palpitaient dans toutes les directions et il n’y avait aucune trace d’être vivant dans la rue.

La pluie tombait sans arrêt. A travers la fenêtre, je regardai mon père qui faisait de petits pas sur le trottoir. Il tenait à la main, une grande boîte en carton. Après quelques minutes, mon père arriva devant la porte de notre maison. Je lui ouvris la porte avec un sourire qui s’élevait jusqu’à mes oreilles car je savais que quelque chose n’allait pas et il me répondit avec un sourire attristé et déçu.

–          “Papa, pourquoi rentres-tu si tôt?”
-” Mon chéri… Mon chef m’a renvoyé.”

Je restai interdit. Mon père était un homme qui travaillait assidûment et il faisait toujours attention à son travail, il n’y avait pas de raison pour qu’il soit évincé inopinément comme cela. Il posa sur la table, une boite en carton sur laquelle s’inscrivait “ Edmond Armani de Javel, 21 rue St Stephen”  Cela devrait être ses affaires de travail.

 

Je lui passai un verre d’eau glacé pour le rafraîchir un peu en lui disant que cette entreprise là ne le méritait pas et il fallait cherchait un autre métier qui lui correspondait mieux.

Les jours passèrent vite, mon père passait son temps à chercher un emploi sur l’internet ou dans les journaux. Un jeudi après-midi, le téléphone sonna. Mon père écouta attentivement, il transpirait beaucoup, et dès qu’il déposa le téléphone, il courut à la vitesse de la lumière pour rejoindre l’hôpital de la ville.

Ma mère avait eu un accident, un camion l’avait heurté lorsqu’elle traversait la rue: elle avait un traumatisme crânien. Elle se rétablissait peu à peu, mais il fallait être patient  jusqu’à sa sortie de l’hôpital. Cependant, la catastrophe ne s’arrêta pas là, mon père reçut un appel de l’école de ma petite sœur. Il se précipita pour prendre un taxi. Il paraît qu’Ellie avait une fièvre pétéchiale. Et encore une fois, mon père dut entrer par la porte de l’hôpital, avec Ellie dans ses bras.
Je passai des heures sans dormir, je me triturai les méninges sans pouvoir trouver une réponse à tous ces malheurs incompréhensibles qui arrivaient à notre famille. Je décidai donc de me balader un peu pour me distraire de ce problème mais les chiens du voisin ne semblait pas me supporter: il n’arrêtait pas d’aboyer. Je rentrai dans ma chambre enfin, où je me sentais le mieux pour résoudre cette énigme. Je cherchai un livre sur l’étagère quand j’aperçus la statue qui me fixait d’un regard insolite. Intuitivement, une idée surgit de ma tête: l’arrivée de la statue correspondait au début de la série de malheurs qui bouleversaient ma famille.

Impossible. La statue serait-elle la responsable, la source de tous ses accidents, ces catastrophes qui arrivaient dans ma famille? Je m’approchai ensuite d’elle. Et doucement, elle commença à chanter. Sa voix était la voix plus délicieuse que je n’avais jamais entendue; aussi délicieuse que les crêpes au miel de maman au petit déjeuner. J’étais hypnotisé, non seulement par son chant, mais aussi par sa beauté divine et mortelle.

 

La maison retentit de sa voix, mais personne à par moi ne semblait l’entendre. Papa lisait tranquillement son journal sur le fauteuil, maman préparait un goûter pour Ellie pendant que cette dernière dormait paisiblement, en suçant son pouce. Après être sorti de ma chambre, mon esprit se réveilla. On aurait pu dire que ma chambre était hantée de son chant maléfique. Je décidai alors d’y mettre fin; j’irais détruire ce chant; j’irais la détruire. Je pris alors quelques morceaux de coton pour boucher mes oreilles, je pris mon élan, et je fonçai à la porte de ma chambre, j’arrachai la statue de mon étagère, je la lançai par terre, et elle se brisa en milliers de morceaux. Je rangeai les fragments de pierres dans une boîte en carton. Puis; avec mon vélo j’allai le plus loin et le plus vite possible. Arrivé au milieu du pont, je rassemblai toutes mes forces et je lançai la boîte dans le fleuve. Je repris mon souffle et un sentiment de soulagement m’envahit. Je retournai à la maison, et je me jetai sur mon lit, pour sombrer dans le sommeil. Et voila, c’était la fin pour Éloïse: enfin, je le pensais.

 

J’ai beaucoup trop mangé, je vais exploser. N’ai-je pas battu mon propre record? Je viens de finir de manger deux pizzas de taille moyenne; une aux fruits de mer, et l’autre à la bolognaise sans oublier des saucisses et une bouteille de coca. J’ai l’impression de vivre dans le corps d’un monstre qui est enfaite le mien.  Mon père m’appelle pour l’aider à changer la vitrine cassée. Je fais au moins un effort de me lever et je soulève ensuite la vitre. Mes mains glissent et la glace se brise sur mes pieds. Le sang ne cesse de jaillir et sans savoir, mes pieds sont déjà trempés dans une marre rougeâtre. J’ai l’impression que mes orteils vont se décrocher et tomber. Comment puis-je être si maladroit ? La glace ne casse-elle pas à cause d’Eloïse ? Mais non ce n’est pas possible ; Eloïse est morte. Les malheurs doivent arrêter là et non continuer. Ou peut être toutes ces histoires, toute cette série de catastrophe n’était que du hasard. Ô Eloïse ! Pardonne-moi. Je ne voulais pas te quitter, j’ai tort Eloïse. Reviens-moi.

L’Accident – Anna Schneyer & Jonathan Renard

–  » Alors, Monsieur Lutis, racontez-moi votre histoire, mais avant, parlez moi un peu de vous. »

–  » Je vais tout vous expliquez monsieur le psychologue : je me nomme Vincent Lutis, je ne vais pas tarder à atteindre mes 27 ans. Sachez que pour moi, ma véritable famille ne comportait qu’uniquement ma femme. Oui, Feu ma femme. Oh mon dieu … Qu’elle était belle, avec ses doux yeux verts, ses longs cheveux châtains glissant sur ses fines épaules… Et son sourire ! Grand Dieu ! Que puis-je dire sur son sourire ? C’était la chose qui, lorsque tout allait mal, me rendait heureux. Vous devez également savoir que ma nature ne ressemblait pas à celle de mon épouse, sa bonté et son courage se reflétaient partout en elle. Oui, mon cœur n’est remplit que de peur et d’égoïsme.

Voilà, maintenant vous allez savoir le plus grand et terrible moment de ma vie :

Ce jour là, le soleil perçait les rideaux de lins de ma cuisine, quel simple bonheur de se retrouver assis ici, en compagnie de ma tendre femme et d’un bon pain au chocolat. Cependant, chaque bon moment a une fin: le travail m’attendait. Je me levai donc, doucement, afin de prolonger le plus possible ce doux moment. J’embrassai ma femme, sur le front, mais, une chose m’inquiéta ; elle, qui normalement resplendissait de paix et de sérénité, avait les traits crispés dans une espèce de tracas intérieur. Je lui demandai ce qu’il se passait. Elle me répondit ceci  » Je ne sais pas, je ne comprends pas  C’est comme si… C’est comme si quelque chose d’anormal allait arriver… « . Je la rassurai donc, lui disant des mots doux. Une fois qu’elle fut calmée, j’enfourchai ma moto pour commencer à travailler. Chose étrange, ma moto ne démarrait plus. Je venais cependant de l’amener chez mon garagiste! Je pris alors la moto de ma femme, qui marchait à merveille. Je conduisis vers la Rue Bologne, où se situait mon bureau.

Ma journée passa tranquillement, cependant, j’ignorai la raison pour laquelle j’appréhendai le moment de mon retour à la maison. Oui, les idées de ma femme commencèrent à me monter à la tête. Je devais tout de même y aller. J’allumai donc le contact de ma moto, et démarrai en trombe. Je roulai vite. Ma foi je l’avoue. Mais, j’aime la vitesse. Que voulez vous ? C’est comme ca. Je sentais mes cheveux voler dans le vent, quel bonheur ! Je frôlai les trottoirs, grillai quelque feu rouge. Je m’amusai, savourant ainsi la liberté qui m’était attribuée, lorsque soudain, traversa devant moi une femme. Je n’eus pas le temps de freiner, et je lui rentrai dedans tel un obus. Je me rappelle encore de ce terrible moment, cette femme, glissant dans l’air en hurlant, la peur au ventre et la douleur au corps, puis s’écrasant lourdement sur les tristes trottoirs gris de cette rue. Puis se fut à mon tour de sentir la douleur et la peur. Oui, la moto écrasait tout mon corps. J’étais, moi aussi, allongé sur le sol, avec cette maudite machine sur moi. J’agonisai. Je repassai sans pouvoir  me contrôler chaque mouvement de cet horrible instant. Cette femme, innocente, qui ressemblait tant à ma femme, les yeux verts et les cheveux marron, comment allait elle ? L’avais-je tué ? Le noir commençait à prendre place dans ma tête. J’entendis au loin les sirènes d’une ambulance. Je croyais qu’il était trop tard, que je n’avais plus aucune chance… Puis plus rien, plus aucun son, aucune lumière. Le noir partout. Que se passait-il ? Où était l’ambulance que j’avais entendue ? Oh bon sang ! Je m’agitai, je sentais mon cœur accélérer, il résonnait en moi ! Je perdis espoir, je perdis force, la fatigue et la douleur finir par m’envahir.

 

Mais, alors que je sentais parvenir à ma fin, une voix grave et calme se fit entendre. Je ne réussissais pas à identifier son origine. Qui parlait ? Soudain, je vis s’avancer devant moi une petite lumière vacillante. Une bougie sans aucun doute. Des bruits de pas se firent alors entendre: quelqu’un venait; son visage était revêtu d’une cagoule noire, le masquant entièrement, son corps était également couvert d’une longue cape, aussi sombre que la nuit. L‘apparition de cet étrange homme fut la goute qui fit déborder le vase; mes nerfs ne tenait plus, mon cerveau non plus : je perdis connaissance.

Lorsque je me réveillai, je ne ressentais plus aucun mal, mes blessures avaient été pansées, et mes habits avaient été changés. Cependant, la maison dans laquelle je me trouvais était froide et vide, sans aucune chaleur humaine. Je vis alors, assis dans un fauteuil, le mystérieux personnage qui s’était admirablement occupé de moi. Il était installé de dos. Je l’examinai donc, malgré la cagoule qu’il portait encore. Il était grand et très maigre, certainement âgé; son maintien était courbé.

– «Bonjour Vincent» me dit-il sans se retourner. «Tu dois te demander bien des choses. Mais avant, comment te sens-tu ?»

– «Je vais mieux, merci. Qui êtes-vous ? Et où suis-je ? » Demandai-je précipitamment.

– «Calme-toi.» Me répondit-il. «Tu vas bientôt tout savoir. Mais, je préfère garder mon identité secrète pour le moment. Ici, tu es partout et nulle part. Tu es dans mon domaine comme dans le tien. Dans une partie du monde qui n’est que rarement visité par les hommes, les hommes dont l’unique volonté est de vivre. Oui, tu auras peut-être la chance de vivre, cet instant est décisif pour toi, et il l’est également pour un autre être quelque part dans ton monde. Je sais que ton plus profond désir est de vivre, d’échapper à la mort qui t’attend en ce moment même, pour cela, tu dois m’obéir, jusqu’au moment où tu pourras enfin retourner vers les tiens.»

– «Je ne comprend pas.. » Dis-je. Ce personnage ne me faisait ressentir que de la peur et du malaise. Bon sang, mais qui était-il ? Je sentis mes poils se dresser lorsqu’il reprit la parole.

– «Tout ce que tu dois faire est m’obéir. » Me dit-il, sa voix manquait de patience, elle était pleine d’une excitation indescriptible, qui m’intimidait plus qu’autre chose.

Je tremblai à présent, mes mots s’échappèrent alors de ma bouche, les larmes brillaient dans mes yeux. Me contrôlait-il ? Ou bien, la peur et l’envie de vivre y étaient pour quelque chose ? Je répondis donc:

– « Dites-moi. Que dois-je faire? »

– «Si tu veux vivre, tu devras prendre l’âme de quelqu’un de ton monde. Pour cela, tu devras tuer le porteur de cette âme. Cette personne devra être ton exact contraire. C’est-à-dire une femme. Tu es blond, elle devra donc être brune. Tu as les yeux bleus, elle devra donc avoir les siens verts. Elle devra être courageuse et généreuse, car tu es peureux. Peureux et égoïste. »

Mon cœur fit des bonds dans ma poitrine. Je dus blanchir comme un mort : le portrait que cet homme venait de faire était celui de mon épouse. Non c’était impossible. Il me fallait un nom avant d’être sûr. Il devait y avoir des millions de femme telle qu’il l’avait décrite, cela ne pouvait être.

-«Donnez-moi son nom !» m’écriai-je, hors de moi.

– « Hélène. Hélène Lutis.» me répondit-il avec un sourire cruel imprimé sur son visage osseux.
Je crus mourir debout. On me proposait la mort simple et cruelle, ou la vie dans le regret et la honte d‘avoir assassiné celle que l‘on aime… Imaginez-vous tuer votre épouse pour assurer votre propre survie ? C’est un choix qui, à chaque moment de réflexion, vous arrache les tripes d’une façon si violente que vous préféreriez vous suicider plutôt que d’y réfléchir.

– « Alors Vincent, que choisis-tu ? Tu dois te dépêcher avant qu’il ne soit trop tard. » Sa voix avait prit une intonation sadique, je voulais tuer cet homme, l’étrangler de mes propres mains. Cependant, il avait raison. Je devais faire un choix.

Encore une fois, les mots s’échappèrent de moi, sans que je puisse les contrôler. J’étais possédé.
– « La vie. Je préfère la vie… » Mon cœur se fendit. Il était trop tard. L’homme eut un regard de psychopathe puis claqua des doigts. Ma belle et tendre épouse apparut devant moi, entourée d‘un nuage de couleur pourpre. Elle dormait. Je m’approchai d’elle, comme poussé par une force extérieure d’une puissance insoupçonnée. Je sentis maintenant sa respiration chaude et régulière dans mon coup. Mes mains se mirent à bouger, elles s’approchèrent de la gorge d’Hélène, doucement et sûrement, elles se posèrent dessus, tendrement, ensuite, elles la serrèrent. Elles la serrèrent si fort que la marque des mes ongles s’incrustèrent dans le pauvre cou pâle de mon épouse. Elle suffoquait à présent, son visage rosissait. Et j’assistai à sa mort, sans pourvoir faire le moindre geste pour empêcher cet abominable instant. Je n’en pouvais plus, je sentais mes mains se tordre et se contracter pour assassiner la femme que j’aimais…

Je la vis rendre l’âme; ses beaux yeux verts perdirent leur éclat tellement unique et son visage s‘éteignit …
L’horreur monta en moi à une vitesse incroyable, je me sentis mal. Je fus soudain pris de vertige, et je m’évanouis ; là, sur le sol, auprès de ma femme que je venais d’assassiner.

La lumière réchauffait mes paupières, un vent frais caressa mon visage. J‘ouvris mes yeux; tout était blanc les murs, le sol, le plafond : un hôpital.

– « Bonjour monsieur Lutis » me dit un docteur. « Vous sortez d’un coma de deux jours : Vous avez eu un accident de moto… Pas très grave heureusement, cela aurait pu être pire. Vous pouvez partir quand vous voulez, vous ne risquez plus rien. »

Une heure plus tard, je pris un taxi et rentras chez moi. J’étais tellement heureux! Toute cette histoire, je l’avais inventée de toutes parts ! Ma femme m’attendait certainement à la maison ! J’avais hâte de la revoir, de sentir ses beaux cheveux, de revoir ses doux yeux verts, la retrouver vivante, j’étais fou de joie. Une fois arrivé, je criai fort pour l‘appeler, je regardai partout dans la maison mais aucun signe d‘elle. Je pris alors mon téléphone pour l’appeler, lorsque je vis que j’avais un message :

« – Allô monsieur Lutis, je suis la secrétaire de l’Hôpital Saint Hervé Leblond. Nous avons une nouvelle affreuse à vous annoncer… : votre femme, Hélène, est décédée avant-hier; un motard l’a percuté  alors qu‘il roulait à très grande vitesse. Lorsque les pompiers l‘ont retrouvé, le conducteur était déjà parti. Nous sommes terriblement navrés pour cette horrible tragédie. Je vous prie d’accepter toutes nos condoléances. Cependant, nous vous prions de passer à l’hôpital afin que nous parlions de tout ceci plus longuement. Au revoir. » disait le message.
Depuis ce jour là je perds l’appétit, et la raison. Suis-je fou ? C’est la réponse que j’attends de vous. Ai-je tué ma femme ? Suis-je le motard qui l‘a écrasé? Ou bien l’assassin pur et simple qui l’a étouffé ? Je vous en prie, faites moi retrouver le sommeil, la faim, la joie de vivre, je n’en peux plus. J’ai besoin d’aide plus que jamais… »

Le Livre Ensorcelé – Anh Tu Nguyen & Carlos Vullemin

Je sortis du bureau, il était tard et il neigeait comme il avait neigé toute la semaine. Je passais mon écharpe au dessus de mon épaule et commençai à marcher pour me rendre chez moi. C’est là, je ne sais pas pour quelle raison, que je me souvins de mon ancien ami Jordan qui était décédé il y avait maintenant  17 ans.
C’était un jour de mai 2011, Jordan sortait du collège, sa classe de 4ème l’ennuyait un peu, il n’arrivait pas à se faire de copains, les autres élèves aimaient jouer au foot, aux jeux vidéos mais lui préférait les livres. De plus, la majorité des autres camarades de sa classe se montraient désagréables envers lui et même méchants lorsqu’il refusait une partie de foot sous prétexte qu’il devait aller à la bibliothèque. Le jeune homme adorait aller à la bibliothèque. D’ailleurs c’est là bas, à la bibliothèque de M. Colin que commence l’aventure qui l’emmènera jusqu’à sa mort…
Un jour, Jordan se dirigea vers la petite ruelle qui menait de l’école à la bibliothèque. La bibliothèque était très vieille, ses parois en bois à moitié mangées par les termites le prouvaient. Elle ne faisait pas la taille comparée à la nouvelle bibliothèque installée par la mairie au centre ville mais néanmoins, Jordan la préférait. Il était toujours venu ici et s’entendait bien avec M. Colin, le propriétaire de  la bibliothèque. Il entra dans la bibliothèque, la petite cloche attachée derrière la porte retentie et M. Colin vint accueillir son client préféré en lui annonçant l’arrivée d’un nouveau livre plutôt étrange à la bibliothèque. Jordan insista pour que M. Colin le lui laisse pour la soirée, il accepta.
En rentrant chez lui, il regarda le livre de plus près, c’était un petit livre de couverture toute noire qui ne possédait pas de titre.  Cela parut très étrange à Jordan mais il ne l’ouvrit pas jusqu’à après le dîner.

 

 

Comme si le livre était complètement noir à la l’extérieur et les pages blanches comme neige, Joran décida d’aller se renseigner au près de M.Colin. C’est exactement ce qu’il fit en sortant de l’école le lendemain.

 

La clochette de la porte d’entrée de la bibliothèque retentit et M.Colin sortit de son studio pour accueillir Jordan. Suite aux explications fournies par son petit client, il s’inquiéta et tenta de convaincre Jordan de ne pas toucher au livre en lui expliquant qu’il pouvait être dangereux. Mais ce fut en vain car Jordan n’y fit pas attention et ne pensa plus à autre chose qu’à écrire sur les pages toutes blanches de ce livre si mystérieux.

 

En arrivant chez lui Jordan ne prit même pas la peine de descendre manger, il monta directement dans sa chambre où il s’enferma à double tour. Il sortit le livre de sa cachette sous le lit, prit son stylo plume et pendant une fraction de secondes réfléchit à ce qu’il allait écrire dedans. Puis d’un mouvement qu’on aurai cru contre sa volonté, il posa la plume sur la première page et écrit : «Bonjour»

 

Un instant après, la réponse apparut sur la page : « Bonjour », c’était d’une écriture ancienne et admirable. Le jeune homme se présenta et le livre lui dit qu’il s’appelait Félix. Jordan se confia dans le livre comme si c’était son journal d’intime, et le livre lui répondit par écrit ; il le comprit et il était d’accord avec lui comme un vrai ami qu’il n`avait jamais eu. Une force inconnue le poussait à écrire malgré son trac.

 

Un jour, Jordan écrivit dans le livre blanc, mais  au lieu d’une réponse comme d’habitude, il tomba inconsciemment dans un sommeil forcé. Sa tête tourna, tourna dans un spectre multicolore.

 

 

 

 

 

Le jeune homme se retrouva au milieu du groupe d’élèves qui ne jouaient jamais avec lui avant, mais maintenant il était le centre d’attention et les regards n’étaient plus méprisants ni désagréables ; il n’était plus isolé, et tout le monde plaisanter avec lui.  Jordan ne savait plus si c’était un rêve ; si c’était un  rêve, il ne voulait pas se réveiller. A la recréation, en jouant au football avec ses amis, une main invisible géante l’attrapa et il se sentit soulever comme un quelconque objet. Il comprit qu’il revenait à la réalité. « NON, NON, je ne veux pas revenir là-bas c’est horrible, NON, NON » cria-t-il avec désespoir.

Surprenant, Jordan se retrouva assis sur son lit. Le jeune homme examina le livre toute la nuit mais ne trouva rien. Aucun mot ne s’écrivit. Il se calma et pacifia ses esprits, peut être qu’il était fou ou tout était juste un rêve, même en ce moment-même. Alors pour sortir du rêve, il s’endormit. Mais il était déjà sept heures du matin, Jordan dut aller à l’école.

Quelques semaines plus tard, un soir, Jordan lut le livre encore une fois et cette fois, le même rêve se répéta.  Au fur et à mesure, Jordan oublia de manger, de dormir, pour avoir plus le temps à revoir son rêve. Le jeune homme commença à détester sa vie réelle car le livre le rendait heureux, un bonheur infini. Il s’attachait au livre et il le gardait toujours avec lui. Même si sa mère le questionna sur son comportement anormal, Jordan mentit en prétextant un surplus de travail, expliquant qu’il devait aller à la bibliothèque. Jordan essaya de partir le plus rapidement possible pour cacher son secret.

 

Jordan décida donc de brûler le libre qui lui avait causé tant de peines… Il prépara un feu de cheminée devant lequel il resta immobile plusieurs minutes en doutant : Allait-il jeter le livre dans les flammes pour se séparer à jamais de ce monde qu’il lui avait ouvert… Où allait-il le garder jusqu’à que l’esprit qui possédait le livre le contrôle entièrement… Il ne savait pas… Mais finalement avec beaucoup de peine et d’un mouvement qui semblait être contre son gré, il lâcha le livre dans les flammes. Une voix humaine retentit : « Tu vas payer » Terrorise, il resta un petit moment les yeux fermés puis les ouvrit s’attendant à trouver devant lui des cendres. Mais contrairement à ses attentes, il trouva devant lui intact. Les flammes étaient belles et biens la à tournicoter autour du livre mais ça ne le brûlait pas….

 

Etonné, Jordan plongea sa main dans les flammes pensant qu’elle ne brûlait pas, mais elles brûlaient… et sa main se fut anéantie au bout de quelques secondes… Dès que sa main fut complètement disparue il remarqua qu’une partie du livre était brûlée aussi. Il comprit alors le sort qui l’attendait si jamais si il voulait épargner au monde la présence de cet esprit maléfique. Quelques minutes plus tard le livre avait disparu et Jordan… aussi.

 

Le livre s’était- il mis à brûler juste au moment de l’accident du bras de Jordan par une simple coïncidence où l’esprit avait-il bel et bien existé et avait habité dans Jordan les derniers instants de sa vie ?